Côte d'Ivoire: nouvel accident de train sur la ligne Abidjan-Ouagadougou

Des containers de la compagnie ferroviaire Sitarail à la gare de Treichville, à côté d' Abidjan, en Côte d'Ivoire.
© AFP/Issouf Sanogo

En Côte d’Ivoire, le déraillement d'un train de marchandises, mardi près de Dimbokro, dans le centre du pays, n'a pas fait de victimes mais entraîné de gros dégâts et de graves conséquences. Le siège de la société Sitarail à Abidjan est en plein branle-bas de combat.

Il s'agit heureusement d'un accident léger car il n’y pas eu de blessés. Seul l’un des deux conducteurs du train de marchandises a été légèrement commotionné, mais sans gravité, selon le service de communication de la Sitarail.

En revanche, les images sont spectaculaires. La passerelle en acier de structure Eiffel, qui mène au pont, s’est effondrée au passage de la première locomotive. Le tablier du pont semble être intact, mais en revanche les deux tractions diesel sont prisonnières dans un enchevêtrement d’acier.

L’accident a eu lieu mardi après-midi. Les équipes de la Sitarail se sont aussitôt rendues sur place. Une cellule de crise a été réunie au siège de la filière du groupe Bolloré au Plateau à Abidjan pour évaluer l’étendue des dégâts et le temps de réparation. Plusieurs jours et peut-être plusieurs semaines de travaux s’annoncent déjà.

Période de Tabaski

Cette ligne est un cordon ombilical important pour l’import et l’export entre les deux pays, surtout pour Ouagadougou, puisque 85% des flux proviennent de la Côte d’Ivoire en direction du Burkina Faso, contre 15 % qui descendent du Faso vers Abidjan. Le Burkina Faso exporte du coton et du manganèse vers Abidjan par cette voie ferrée longue de 1 260 km et importe du pétrole, du ciment, des engrais ainsi que d'autres marchandises à Kaya, dans la région du Centre-Nord.

Pour le ministre du Commerce, Jean-Louis Billon, il est clair que cela aura des impacts sur les échanges commerciaux entre les deux pays. « Il y a une bonne partie des échanges qui se font par la voie ferroviaire. Cette partie-là va être perturbée. Je pense que la voie routière va prendre le relais en attendant, mais il est clair que cela va avoir des répercussions en terme de prix, de compétitivité. Donc il y aura un temps d'ajustement », explique-t-il. 

Et l'accident tombe au plus mal, car en ce moment le Burkina Faso est en pleine période de récolte du coton qui transite pour une grande partie par le port d’Abidjan, et donc la voie de chemin de fer. Plus embêtant encore, nous sommes à moins d’une semaine de la Tabaski, l'Aïd el-Kébir en Afrique de l'Ouest. Une grande partie du bétail de mouton venu du Mali ou du Burkina Faso utilisent, ou utilisaient les bétaillères de la Sitarail.

Le ministre du Commerce estime que cela ne changera pas l'inflation constatée chaque année sur le marché pendant cette célébration. Les professionnels sont en train de voir comment assurer l’acheminement des bêtes à Abidjan, où 300 000 têtes de bétail sont attendues pour cette fête. Actuellement, seules 100 000 bêtes se trouvent sur le marché de Port-Bouët et ses alentours.

La grue a cogné, on a signalé ça au chef de district. On lui a dit : "nous on n'y connaît rien, mais regardez le terrain comment ça fait. Les rails sont devenus comme des dos d'âne."
Ecoutez le reportage sur les lieux de l'accident
07-09-2016 - Par Anna Sylvestre

Rénovation urgente

En 2015, 200 000 personnes et 900 000 tonnes de marchandises ont transité par cette voie express, même si ce terme est assez relatif, cat l'état des voies et la fréquence des arrêts font que la vitesse moyenne du train ne dépasse pas les 60 kilomètres/heure. Mais ce n’est pas la première alerte de ce type sur la ligne Abidjan-Ouagadougou. Le 24 juillet 2016, sur cette même voie, le train a déraillé à hauteur de Bouaké, sans dommage humain. Un mois plus tard, le 24 août, on a assisté au même type d’accident au niveau de la ville de Banfora, au Burkina Faso.

Ces incidents à répétition sur cette voie unique confortent l’idée selon laquelle les travaux de réfection sont urgents et indispensables. Construit en 1910, pendant la colonisation française, le pont ferroviaire est aujourd'hui vétuste. Ce projet a été acté récemment par les différentes parties prenantes, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le groupe Bolloré, mais nécessitera cinq ans de travaux et 262 milliards de francs CFA, soit 450 millions d’euros d’investissements.

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