Crise post-électorale au Gabon: Jean Ping saisit la Cour constitutionnelle

Le leader de l'opposition gabonaise Jean Ping, ici lors d'une conférence de presse, deux jours après la réélection d'Ali Bongo, le 2 septembre 2016.
© STEVE JORDAN / AFP

L'opposant Jean Ping a déposé jeudi soir 8 septembre un recours devant la Cour constitutionnelle du Gabon pour contester les résultats de l'élection présidentielle du 27 août remporté par le président sortant Ali Bongo Ondimba. Le recours porte sur le recomptage des suffrages dans la province du Haut-Ogooué. 

Il y a eu beaucoup d’hésitations, mais cette fois ça y est. Le camp Jean Ping a bien déposé un recours devant la Cour constitutionnelle. Il concerne sans surprise la province du Haut-Ogooué, où le candidat de l’opposition réclame un recomptage des voix, bureau par bureau, avec une confrontation des procès-verbaux de la Commission électorale (la Cenap) et des autres camps, s'ils en produisent.

L'opposition dit avoir collecté 174 procès-verbaux sur les 297 bureaux du Haut-Ogooué. Selon elle, les scores de ces procès-verbaux donneraient Jean Ping vainqueur même si Ali Bongo remportait tous les autres bureaux. Mais pour s'assurer de l'impartialité du recomptage, l'opposition demande à ce que l'opération soit faite sous l'oeil d'experts internationaux et de représentants de la majorité.

Le Haut-Ogooué est le fief d’Ali Bongo, où le président sortant a recueilli plus de 95% des voix, avec une participation qui a frôlé les 100%. Une province qui focalise non seulement l’attention de l’opposition, mais aussi celle de la communauté internationale. Une analyse portant sur le nombre de non-votants et de bulletins blancs et nuls révèle une évidente anomalie dans les résultats finaux du Haut-Ogooué, avait indiqué mardi la chef de la mission d’observation de l’Union européenne. Le lendemain, le président Ali Bongo avait d’ailleurs accusé certains observateurs d’avoir « outrepassé leur mission ».

A noter que la majorité, elle, avait déjà indiqué qu’elle déposerait également des recours sur les résultats de Jean Ping, notamment dans ses fiefs de l'Ogooué-Maritime et dans la ville de Bitam. Le porte-parole du gouvernement évoquait notamment des bourrages d’urnes. Mais finalement, à la dernière minute, le camp présidentiel n’a lancé aucune procédure. « Ce n’est pas au vainqueur de déposer un recours », estime Léandre Anoué Kiki, le porte-parole du PDG.

Changement de stratégie

Jusqu'à présent, l'opposition exigeait un recomptage à la Commission électorale puisque, selon le camp de Jean Ping, c'est là que le problème était né. Mais le pouvoir affirmait que la loi ne l'autorisait pas. Le président de la Cenap disait d'ailleurs la même chose et renvoyait vers la Cour constitutionnelle.

Ce recomptage devant la Cenap était la ligne de l'opposition jusqu'à mercredi encore. A la dernière minute, elle est finalement allée vers la Cour constitutionnelle. Une source explique qu'il s'agissait d'un choix tactique. Une autre ajoute que la communauté internationale faisait aussi pression pour que les voies de recours officiels soient respectées.

« Autour de Jean Ping, il y a différentes personnalités et partis, il est normal qu'il ait fallu débattre longtemps pour trouver une position commune » indique Guy Nzouma Ndama, candidat rallié à Ping. Il explique que « la majorité s'est finalement prononcée en faveur du recours pour respecter la légalité, mettre les juges devant leur responsabilité mais aussi tenir compte de ce que la communauté internationale ne pouvait pas s'appuyer sur notre revendication si nous sortions du cadre légal ».

Demande de garanties

Mais si les partisans de Jean Ping ont finalement opté pour le recours, afin d’apaiser les craintes de ceux qui refusaient de s'en remettre à une cour constitutionnelle qu'ils jugent biaisée, le dépôt de recours a été assortie de deux demandes. D'abord, à ce que « dans le cadre de ce recomptage au niveau de la Cour constitutionnelle », « les observateurs de l’UE soient présents », fait savoir Guy Nzouba Ndama. « Cette présence est une garantie nécessaire de transparence », estime-t-il.

Ensuite, qu'il y ait une confrontation des procès-verbaux. « La confrontation des procès-verbaux détenus par la Cenap et toutes les parties est nécessaire parce que le ministre de l’Intérieur, nous ne savons pas sur quelles bases. Nous nous avons les procès-verbaux obtenus à partir des gouverneurs. (…) La comparaison permettra de voir ce qui est vrai et ce qui est faux. Parce qu’il n’est pas exclu qu’on nous fabrique de faux procès-verbaux », avance l'ancien président de l'Assemblée nationale.

Deux demandes qui, pour Leandre Anoué Kiki, porte-parole du PDG, le parti au pouvoir, n'ont pas lieu d'être. « La Cenap ne reçoit les procès-verbaux de centralisation que si les différentes parties, l’opposition et la majorité, ont signé dessus. Maintenant, si eux, doutent du travail qui a été fait par leurs différents représentants dans les bureaux de vote, ça n’engage qu’ueux. Mais la Cenap détient bien la vérité sur ces différents procès-verbaux. C’est pourquoi ils ont été transmis donc à la Cour constitutionnelle pour validation. C’est maintenant au niveau de la Cour constitutionnelle qu’on va en décider. »

Quant à la présence d'observateurs de l'UE, c'est également hors sujet, estime le porte-parole de la majorité. « Est-ce que la convention qui a été signé entre l’Etat et les observateurs, c’était de venir assister les procès au niveau de la Cour constitutionnelle. Qu’est-ce qu’ils ont signé avec le gouvernement gabonais ? Ces mêmes observateurs qui ont fait une déclaration importante en disant que c’était un vote qui s’était passé dans de très bonnes conditions, c’est maintenant après déclaration de la victoire du candidat Ali Bongo Ondimba, que ces mêmes observateurs viennent mettre en doute leur parole ? C’est vraiment aberrant ! » s'indigne-t-il.

Le camp Bongo indique d'ailleurs que le recours de l'opposition sera l'occasion de présenter des preuves de manipulations de l'opposition dans certains fiefs de Jean Ping. Ce dernier a annoncé par aileurs qu’il s’adressera à la population gabonaise, à 11h, heure locale, demain vendredi 9 septembre.

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