En RDC, plusieurs sièges de partis d’opposition incendiés à Kinshasa

A Limete, Kinshasa, le siège du parti d'opposition congolais UDPS a été incendié, le 20 septembre 2016.
© RFI/Sonia Rolley

En République démocratique du Congo, la tension est toujours vive au lendemain d'une journée de violences qui a fait au moins 17 morts selon les autorités, 50 selon les opposants qui avaient appelé à manifester contre le maintien au pouvoir du président Kabila. L'apaisement n'est pas venu avec la nuit puisque les sièges de plusieurs partis d'opposition ont été incendiés.

Ce lundi, trois sièges de partis qui participent au dialogue national ont été incendiés, dont un siège du parti présidentiel et cette nuit, cinq autres partis ont été attaqués : ceux qui refusent ce dialogue et ont appelé à manifester. Leurs leaders parlent de représailles. Exemple à l’UDPS ce matin, où les Nations unies sont venues évacuer les morts et les blessés. Deux cadavres calcinés et trois grands brûlés ont été découverts au fur et à mesure de l’exploration. Deux personnes ont également été blessées à l’arme blanche.

Les militants de l'UDPS sont en colère, à commencer par Felix Tshisekedi, le fils du leader historique du parti. Il accuse sans détour le régime de s’être vengé : « J’étais dans les manifestations et à chaque fois qu’il y avait des tensions quand on passait devant des sièges de partis, nous demandions toujours à nos jeunes de se tenir loin de ça. Nous n’avons jamais donné d’ordre d’attaquer quoi que ce soit comme bien public ou privé. Et quand bien même cela aurait été le cas, un gouvernement responsable cherche les coupables et les sanctionne. Il ne réagit pas en milice mafieuse comme c’est le cas aujourd’hui, mais plutôt en responsable. Je crois que le peuple a raison de dire son ras-le-bol de ce gouvernement, de ce régime voyou et il est temps d’y mettre fin ».

Condamnation du pouvoir

Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, dit condamner toute forme de violence ou de vengeance privée : « Le gouvernement m’a chargé d’exprimer sa condamnation de ses actes, des vengeances privées, qui ne se justifient pas parce que le procureur avait déjà annoncé depuis hier l’ouverture d’une enquête à ce niveau. Nous ne voulons pas de vengeances privées, car nous sommes un Etat de droit. Le gouvernement ne peut pas encourager cela, le gouvernement, ni le président, ne peut pas être à la base d’actes de vengeances privées ».

L’évacuation des morts et des blessés restait très difficile ce mardi matin en raison d’affrontements dans plusieurs quartiers périphériques de la capitale, Limete, Matete, Makala, Ngaba, avec toujours des barricades érigées, des coups de feu, tirs de gaz lacrymogènes. A Ndjili, un tribunal et des voitures ont été brûlés. Les policiers de faction n’ont rien pu faire et ont dû appeler des renforts. Face au bâtiment encore fumant, la population expliquait vouloir exprimer son mécontentement de ne pas pouvoir manifester pacifiquement, de voir la Constitution être violée. Elle donnait aussi des explications à caractère social : pas de travail, pas de gratuité de l’éducation et un accès limité aux soins. « Il n’y a rien pour nous, il faut que Kabila parte », disait-elle.

Plus loin, un policier explique que dans plusieurs quartiers, les jeunes ont pillé et brûlé. « Si encore ils avaient manifesté pacifiquement, on les aurait laissés », assure l’agent de police.

Ville morte

Dans l’après-midi, Kinshasa avait encore des allures de ville morte. Les habitants circulaient tout au plus à pied, les enfants jouaient au football au milieu d’artères traditionnellement embouteillées par les voitures, avec ça et là des barricades en feu et surtout des colonnes de policiers aux visages peints en noir. La police militaire, mais aussi – fait rare – la garde républicaine dans les quartiers les plus sensibles

On parle de morts et de blessés du côté des civils comme du côté de la police. L’opposition avait appelé à poursuivre les manifestations ce mardi alors que le gouvernement dénonce toujours une tentative d’insurrection.

Dans ce contexte, le dialogue national est de nouveau reporté. Ce dialogue, boycotté par les principales forces de l'opposition, est censé préparer les échéances électorales. La reprise du dialogue est annoncée pour vendredi.