Le Burundi suspend sa coopération avec le bureau des droits de l'homme de l'ONU

Des experts de l'ONU présentant un rapport sur le Burundi devant le Conseil des droits de l'homme, le 27 septembre à Genève.
© REUTERS/Pierre Albouy

Le gouvernement burundais vient de lancer un nouveau défi à la communauté internationale. Bujumbura a annoncé mardi 11 octobre la rupture de tout lien avec le bureau du haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme et la décision de rendre non grata trois experts onusiens qui avaient sorti un rapport accablant pour le pouvoir. Ce qui équivaut à une fermeture pure et simple, déplore un diplomate en poste au Burundi. Manifestations devant ses bureaux dans la capitale, menace de fermeture et d'expulsion de ses cadres. Depuis plusieurs jours, l’agence était mise sous pression.

Il s'agit officiellement d'une mesure de rétorsion prise contre le bureau du haut-commissaire, accusé d'avoir participé à l'élaboration du dernier rapport de l’ONU sur le Burundi, que le gouvernement ne digère décidément pas.

Ce rapport sorti il y a deux semaines environ est en effet accablant. Il dénonce des centaines de cas d'exécutions extrajudiciaires, de tortures et autres disparitions forcées documentées depuis le début de la crise en avril 2015, il pointe surtout la responsabilité du pouvoir burundais dans ces exactions qui pourraient relever de la Cour pénale internationale. Mais surtout, il est à l'origine de la décision du Conseil des droits de l'homme de l'ONU de créer une commission internationale d'enquête sur le Burundi.

Les décisions de rompre tout lien avec le bureau du haut-commissaire ou de rendre non grata les experts de l'ONU sont tombées trois jours avant une séance du Conseil de sécurité sur le Burundi. Mais Bujumbura, qui sait pouvoir compter sur l'ami russe, ne craint pas de sanctions, assure un haut cadre burundais.

Le régime burundais a donc décidé réagir comme il le fait depuis le début de la crise née de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat : il a opté pour « la fuite en avant » en engageant de nouveau « le bras de fer avec la communauté internationale », selon la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme. Elle dénonce une volonté de chasser les rares observateurs crédibles encore présents sur le terrain au Burundi. Son directeur de la division Afrique, Florent Geel, revient sur les dernières décisions de Bujumbura qui cachent mal une volonté de se soustraire aux yeux de la communauté internationale.

Ce sont les yeux de la communauté internationale et le gouvernement veut les rendre aveugles.
Florent Geel
11-10-2016 - Par Esdras Ndikumana

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