RCA: Kaga-Bandoro coupé en deux après les violences meurtrières

L'hôpital de Kaga-Bandoro, dans le centre de la Centrafrique. Les violences ont fait trente morts et une soixantaine de blessés.
© Flickr/Gregoire Pourtier

Climat toujours très tendu à Kaga-Bandoro en Centrafrique. Des combattants de l'ex-Seleka en armes étaient toujours visibles jeudi 13 octobre en ville et selon des témoins, les pillages se sont poursuivis. Mercredi, ces combattants s'en sont pris en particulier au site de déplacés situé à l'évêché de la ville. Les bâtiments religieux ont été pillés ou détruits, tout comme les locaux appartenant à plusieurs ONG, et de nombreuses autres maisons ou abris de fortune, avant que la Minusca finisse par repousser les assaillants. Ces violences de mercredi ont fait 30 morts et une soixantaine de blessés, selon le dernier bilan fourni par la Minusca.

Mgr Tadeusz Kusy est l'évêque de Kaga-Bandoro depuis un peu plus de deux ans. Mercredi il n'était pas en ville quand les violences ont éclaté. Mais selon lui, il semble bien que l'Eglise catholique était ciblée par les assaillants. « Ce qui s’est passé (mercredi), nous l’avons pressenti il y a quatre semaines, rapporte-t-il. D’abord on a attaqué notre presbytère, la maison des prêtres le 13 ou le 14 septembre. Et puis les deux paroisses qui sont aussi à proximité du centre de Kaga-Bandoro ont aussi été attaquées, pillées. J’ai l’impression que c’est prémédité. Qu’il y a quelqu’un qui propose de provoquer ainsi l’Eglise. »

Aujourd'hui, le prélat décrit une ville plus que jamais coupée en deux. La défiance entre communautés chrétiennes et musulmanes s'est installée, enracinée. Pourtant personne n'est épargné par les exactions des groupes armés. « Les commerçants musulmans des quartiers de Kaga-Bandoro se plaignent des Seleka qui les séquestrent et qui les rançonnent 50 000 francs CFA par semaine ou leur demande 15 000 francs CFA par jour. Les commerçants de Kaga-Bandoro en ont aussi marre de tout ça », affirme-t-il.

« On se rend compte que nous n'avançons pas sur le chemin de la paix pour vivre ensemble », déplore Mgr Kusy. Par ailleurs, l'évêque ne cache pas non plus son amertume vis-à-vis des casques bleus de la Minusca qui, selon lui, ont trop tardé à réagir.