RDC: journée «ville morte» diversement suivie dans le pays

L'avenue du commerce ce matin, l'une des principales artères commerçantes de la capitale congolaise, Kinshasa.
© Sonia Rolley/RFI

Au lendemain de la signature de l'accord politique entre la majorité et une frange de l'opposition, les autres formations de l'opposition ont appelé les Congolais à rester chez eux ce mercredi 19 octobre pour donner un avertissement, un carton jaune à Joseph Kabila. Une journée ville morte globalement bien suivie à Kinshasa, même si, dans certains quartiers, l'activité commence à reprendre.

Ce mercredi matin, les rues étaient désertes, boutiques fermées, pas d’écoliers sur le bas-côté ni d’embouteillages. Une situation très inhabituelle. Des bus du gouvernement stationnaient un peu partout, attendant notamment les fonctionnaires. Ainsi que des minibus privés qu’ici, on appelle « esprit de mort ». Mais ils peinaient à faire le plein. « C’est le service minimum pour amener les malades, par exemple », se justifie un chauffeur.

Quelques motos taxis, quelques vendeurs de rue. « Ventre affamé n’a pas d’oreilles », commente une commerçante qui a décidé d’ouvrir son « petit maquis », son restaurant. Tous ceux qui ont décidé de reprendre le travail et ont accepté de parler disent l’avoir fait pour trouver de quoi manger aujourd’hui. « La vie au taux du jour » comme on dit à Kinshasa.

Un homme montre son pantalon jaune et crie : « c’est le carton jaune de Kabila Kabange ». Autour de lui, les gens se rassemblent et expliquent : « il devrait discuter avec les vrais opposants, si la ville est comme ça, c’est qu’il y a un malaise ».

Que disent ceux qui ont choisi de participer à cette journée ville morte ?
20-10-2016 - Par Sonia Rolley

« Kabila doit partir »

Dans un quartier populaire, des jeunes avec des bouts de papier jaune ont manifesté, en martelant « Kabila doit partir ». Plus loin, une odeur de gaz lacrymogène. Quelques jeunes interpellés. Le porte-parole de la police explique qu’il y a eu par endroits des incidents, avec des jets de pierre sur des véhicules. Mais que la situation reste globalement calme.

La police était ce matin largement déployée, notamment autour de l'Assemblée nationale. Des habitants ont également indiqué avoir hésité à sortir pour éviter d’éventuels troubles ou d’être mal vu par leurs voisins. Mais à la mi-journée, dans certains quartiers et sur certains axes, l’activité semble reprendre. Des boutiques ont ouvert ça et là et notamment des terrasses. Sur les marchés, certains produits ont fait leur apparition. La circulation est restée fluide jusqu'à la fin de la journée.

Pour Joseph Olenghankoy, modérateur de la Dynamique, membre du Rassemblement de l'opposition, cette opération « ville morte » est un succès à travers tout le pays. Selon cet opposant, les Congolais ont non seulement rejeté l'accord qui vient d'être signé mais ont montré leur attachement à la Constitution. 

La majorité du peuple congolais s'est placé du côté du respect de la Constitution.
Joseph Olenghankoy
19-10-2016 - Par Sonia Rolley

Pour André-Alain Atundu, le porte-parole de la majorité, cette journée n'a en rien démontré un rejet de l'accord qui vient d'être signé. « L'apparence ne traduit pas la réalité : les Kinois ont choisi de se réveiller un petit peu plus tard, plus par principe de principe de précaution à cause de l'expérience des violences commises par les militants du Rassemblement, plutôt que par respect du mot d'ordre donné par le Rassemblement, analyse-t-il. Voilà pourquoi la ville ressemble plutôt à une journée de dimanche où la vie commence plutôt à partir de 10h. Parce que les espoirs des populations c'est que les élections se déroulent dans le calme et la transparence. Or, c'est justement la solution que le dialogue a ammenée. »

Lubumbashi semble avoir ignoré l'appel à la grève de l'opposition

Quoique bien suivie à Kinshasa, cette journée «ville morte» a été plus diversement respectée dans le reste du pays. A Bukavu et Lubumbashi notamment, l’activité est restée normale.

Circulation normale, magasins ouverts, la capitale minière du pays, Lubumbashi a, semble-t-il, ignoré l'appel à la grève de l'opposition. Idem à Kisangani, dans l'est et à Matadi, la ville portuaire de l'ouest.

Les rideaux sont par contre restés fermement tirés à Mbuji-Mayi, la troisième ville du pays et capitale diamantifère. Dans ce fief du premier parti d'opposition, l'Udps, les écoles sont restées fermées, les rues désertes jusqu'en début d'après-midi. Enfin, activité très ralentie à Goma, Butembo et Beni.

Les étals du grand marché de Goma sont restés vides une bonne partie de la journée, et à Beni une centaine de personnes est venue déposer des cartons jaunes à la mairie, symbole d'avertissement aux autorités par rapport à la fin du mandat de Joseph Kabila. 

Pareil à Goma : banderoles demandant le départ de Joseph Kabila. Les cartons jaunes devaient être déposés au gouvernorat par quelque 200 manifestants. La police anti-émeute, largement renforcée dans la ville, a finalement dispersé le rassemblement à coup de gaz lacrymogènes. Des pneus ont été brûlés, des pierres jetées, et la route barrée. En fin d'après-midi, le calme était revenu dans la ville frontalière avec le Rwanda.

A Butembo, des manifestants se sont même amusés à fabriquer un cercueil jaune, symbole de la fin du mandat de Joseph Kabila. 

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