Congo-Brazzaville: l'opposant Augustin Kala Kala retrouvé dans un état critique

Moungali, Avenue de la Paix, Brazzaville.
© Wikimedia Commons/Jomako

L'opposant congolais Augustin Kala Kala, qui avait disparu depuis son enlèvement en pleine nuit par des hommes armés et encagoulés au domicile de sa femme le 29 septembre 2016, a été retrouvé jeudi 13 octobre, devant la morgue de Brazzaville. Il est vivant, mais dans un état de santé critique selon ses proches.

C'est sa femme qui dit l'avoir retrouvé après 22 heures, le corps couvert de blessures devant la morgue de Brazzaville. Augustin Kala Kala ignore qui étaient précisément ses geôliers, mais dit avoir été torturé durant sa détention. Ses ravisseurs auraient notamment cherché à savoir où se trouve André Okombi Salissa, dont il est le bras droit. Cet ex-candidat à la présidentielle de mars, autrefois ministre de Denis Sassou-Nguesso, se cache depuis des mois pour des raisons de sécurité.

Charles Zacharie Bowao est le coordonnateur de l'IDC-Frocad (Initiative pour la démocratie au Congo-Front républicain pour le respect de l'ordre constitutionnel et l'alternance démocratique), la plateforme de l'opposition formée avant la présidentielle.

Augustin Kala Kala lui a raconté les séances de torture et les interrogatoires qu'il dit avoir subis. « Il est encore très fatigué. Il articulait difficilement. Il a quand même pu dire qu’on le baladait d’un coin à un autre, de nuit comme de jour. On le déplaçait et comme il était cagoulé, il ne pouvait pas savoir où on l’amenait. Et lorsqu’on l’enfermait dans un petit container, il était interrogé et on lui posait des questions pour savoir où se trouvait monsieur Okombi, quel était le soutien de l’opposition, où est-ce que nous trouvions l’argent pour faire ce que nous faisons, est-ce qu’il y a des puissances étrangères qui nous soutiennent ? Puis, il a pu aussi nous dire qu’ils lui ont proposé un marché, c’est-à-dire qu’il accepte de quitter les rangs de l’opposition, comme ça il pourrait bénéficier des soins intensifs et de l’argent, et qu’il quitte l’opposition en dénonçant ce que l’opposition était en train de faire. Pour nous, nous avons là la preuve que la nouvelle République de chez nous est un Etat de non-droit, que nous sommes là dans le déterminisme tragique qui se poursuit ».

Vivant, mais dans un état critique

Liliane Moukoulou, l’épouse d’Augustin Kala Kala donc est venue le récupérer en pleine nuit, devant la morgue de Brazzaville. Elle raconte qu'il était si mal en point, qu'elle a eu du mal à le reconnaître. « A 22 heures, je reçois un coup de fil et c’est la voix de mon mari : ‘’Chérie, viens vite, viens vite. Ils sont venus me jeter près de la morgue. Je suis là. Viens vite’’. On s’est rendus sur les lieux et quand on lui a demandé, mais comment ça s’est passé ? Il dit qu’il était ici et qu’il a vu des petits qui passaient : ‘’Je leur ai demandé un service, si vous avez un téléphone de passer un coup de fil pour appeler ma femme’’. Il était vraiment dans un état critique. On ne savait même pas qu’il allait vivre jusqu’à aujourd’hui. Il ne pouvait pas marcher, il avait de grosses plaies partout. Les pieds enflés, par rapport aux tortures ».

Augustin Kala Kala a raconté qu’il avait été emmené en dehors de la ville : « Il était cagoulé, il ne pouvait pas voir le visage de ces gens, mais il peut dire qu’il n’était pas à Brazzaville. Il était hors de Brazzaville, enfermé dans un container, et de temps en temps, dans des sacs. Enfermé, tabassé, on lui demandait où se cachait son chef, ou était X ou Y. Ils voulaient savoir où se cachait son chef ». Augustin Kala Kala s'est adjoint les services d'un avocat qui entend porter plainte pour enlèvement, séquestration et torture auprès du tribunal de Brazzaville.

Une source gouvernementale contactée par RFI assure que les forces de l'ordre « ne sont pas concernées par cette affaire », et précise qu'Augustin Kala Kala avait choisi de « se soustraire volontairement à la vie publique » depuis la présidentielle avant de « réapparaître gravement blessé », mais qu'il n'est recherché ni poursuivi par aucune force de police.

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