Centrafrique: Sangaris s'en va alors que les violences s'intensifient

Soldats français de Sangaris dans le quartier PK5 de bangui en février 2016.
© Issouf Sanogo/AFP

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est arrivé dimanche soir 30 octobre à Bangui pour acter la fin de l'opération Sangaris qui aura mis fin aux tueries de masse en Centrafrique, sans parvenir à neutraliser les bandes armées qui terrorisent la population.

Quelques heures avant l’arrivée à Bangui de Jean-Yves le Drian, le PK5, dernier quartier musulman de la capitale Bangui, s’embrasait lors d’un affrontement entre milices rivales qui a fait plusieurs morts.

En fin de semaine, c’est dans le centre du pays que d’autres violences ont éclaté. La cadence des attaques et des représailles s’intensifie depuis plusieurs semaines pour devenir presque quotidienne.

Il faut dire que la perspective du départ des soldats français a ragaillardi les groupes armés peu effrayés par les casques bleus, accusés de plus en plus de passivité et de mollesse dans leur réaction. Le timing du retrait ne semble pas des plus opportuns mais Paris a des priorités : la guerre contre le terrorisme au Moyen-Orient, au Sahel et sur le territoire français.

La France laissera sur place à Bangui environ 350 hommes et des drones qui fourniront du renseignement à la Minusca, des hommes qui pourront être mobilisés à la demande du gouvernement centrafricain en cas de menace sérieuse.

Quelle que soit la volonté des Centrafricains, il y a aussi des raisons, certainement, qui ont poussé les autorités amies à mettre fin à cette mission…
Charles Armel Doubane, ministre centrafricain des Affaires étrangères, continue de solliciter l'aide de la France.
31-10-2016 - Par David Baché

■ Une population partagée sur le départ de Sangaris

En décembre 2013, la France lançait donc l'opération Sangaris en Centrafrique, sous l'égide de l’ONU. Deux ans plus tard, l'opération est bel et bien terminée, avec un bilan mitigé et un héritage contrasté. Déambulation dans les rues de Bangui, la capitale.

Jean Bruno a six enfants et le petit dernier s’appelle François-Hollande. C’est dire si Jean Bruno aime la France. Et quand on lui apprend que l’opération Sangaris est finie, il confie : « Sangaris travaille bien, c’est la sécurité en Centrafrique. Si Sangaris part, c’est très dangereux, parce que les violences risquent de venir. Je veux que Sangaris reste pour protéger les Centrafricains. »

Un sentiment partagé par de nombreux Centrafricains comme Léon, chauffeur de taxi. « Ca ne me plaît pas du tout. Si tous les Français quittent Bangui moi aussi je quitte le pays parce que c’est Sangaris qui nous a sauvés… »

Les Centrafricains semblent unanimes. Sur le pavé banguissois on trouve cependant quelques voix discordantes, comme celle de Juquema, un jeune homme de 28 ans  : « Je suis fier qu’ils puissent partir. On pensait bien qu’ils nous avaient colonisés. Y avait des allégations de diamants, le trafic de drogue, on a subi des choses, on a perdu des frères, des parents, à cause de Sangaris. »

Beaucoup d’attentes déçues, de la colère aussi. Avant l’opération Sangaris déclenchée fin 2013, Sangaris n’était que le nom d’un papillon centrafricain. Aujourd’hui, dans les rues de Bangui, c’est parfois devenu une insulte.

Le Kilomètre 5 craint de nouvelles incursions d'anti-balaka, mais dans les sites de déplacés alentour, on a peur des attaques des miliciens venus du Kilomètre 5.
Reportage: la population inquiéte après départ Sangaris
31-10-2016 - Par Pierre Pinto