2-Novembre: au Burundi, une liberté de la presse extrêmement limitée

Manifestation au Burundi, le 20 octobre 2015, après le meurtre d'un journaliste et de sa famille.
© AFP PHOTO / LANDRY NSHIMIYE

Le Burundi est plongé dans une grave crise politique depuis fin avril 2015 et la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat jugé illégal par l'opposition, et qu'il a finalement obtenu. Cette crise a eu des conséquences catastrophiques sur la liberté de la presse au Burundi. Reporters sans frontières (RSF) parle de « dégradation rapide et grave de la situation » depuis le début de la crise au Burundi, un pays donné jusque-là en exemple pour le dynamisme de ses stations indépendantes. En l'espace de quelques mois, il a plongé de 11 places dans le classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF chaque année.

Tout a basculé en une nuit, celle du 13 mai 2015, lorsqu'un groupe de soldats tente de renverser le président burundais Pierre Nkurunziza. Les putschistes détruisent alors une radio proche du pouvoir et quelques heures plus tard, les loyalistes attaquent à la roquette les principales stations indépendantes du pays, accusées de pactiser avec l'ennemi. Celles-ci ne vont plus émettre et dans la foulée, une centaine de journalistes sont obligés de fuir en exil pour sauver leur vie.

Ce drame va signer pratiquement la fin du pluralisme médiatique au Burundi, dénonce Reporters sans Frontières. Le pays s'enfonce dans la violence et la répression s'abat sur les rares journalistes indépendants qui sont restés sur place. Certains ont été arrêtés et relâchés au bout de quelques heures ou quelques jours, d'autres ont été torturés.

Les journalistes indépendants sont soumis depuis lors à une pression et un harcèlement permanent. Une situation qui n'épargne pas les journalistes internationaux, dont plusieurs ont été interpellés et retenus pendant des heures, alors qu'ils ne faisaient que leur travail.

Restrictions toujours fortes

Le pouvoir burundais assure aujourd'hui que la situation s'est améliorée depuis des mois, avec la fin des violences sur le terrain, et il donne pour exemple la réouverture d'une des stations indépendantes, la radio Isanganiro. Mais RSF rappelle que celle-ci a repris ses émissions avec une rédaction totalement remaniée et des restrictions sur sa liberté d'agir.

Seul le journal indépendant Iwacu continue de paraître chaque semaine au Burundi. Mais la situation reste très compliquée pour ce journal, dont le journaliste Jean Bigirimana est porté disparu depuis trois mois. Il serait aux mains des services secrets selon des témoins, ce que dément la police.

Par ailleurs, un journaliste a été arrêté, ce mardi 1er novembre. Il s'agit de Jackson Bahati, qui travaille pour le groupe Iwacu et la Radio Isanganiro. Il a été interpellé par la police puis interrogé avant d’être finalement relâché deux heures plus tard. La police n’a pas encore communiqué sur les raisons de son arrestation.


L'enquête sur l'agression du journaliste de RFI et l'AFP au point mort

En août 2015, le correspondant de RFI et de l’AFP, Esdras Ndikumana est interpellé par des agents du Service national de renseignement (SNR) alors qu’il prend des photos sur les lieux de l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana. Il est alors conduit dans les locaux du SNR et passé à tabac pendant deux heures.

Evacué pour Nairobi puis vers la France où il vient d’obtenir l’asile politique, Esdras Ndikumana garde encore les séquelles de cette agression. Les auteurs quant à eux, restent impunis malgré les promesses du gouvernement burundais.

En octobre 2015, Esdras Ndikumana, RFI et l’AFP, décident de déposer deux plaintes contre X au Burundi, en détaillant les noms des personnes impliquées. Mais si, un an plus tard, l’enquête est au point mort, c’est à cause du « manque de collaboration » du journaliste estime Aimée Laurentine Kanyana, ministre burundaise de la Justice.

Nous l'invitons à se présenter devant nos magistrats instructeurs. Même à distance, on peut le rencontrer là où il est, en organisant une commission rogatoire. Il suffit qu'il nous communique son adresse précise à l'étranger. Sinon nous allons constater que c'est un manque de collaboration, un manque d'intérêt pour le dossier par la victime, la prétendue victime.

Aimée Laurentine Kanyana
02-11-2016 - Par Carol Valade

 

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