Afrique du Sud: possibles «crimes» de corruption au sommet de l'Etat

Manifestation à Pretoria ce mercredi 2 novembre réclamant la démission de Jacob Zuma.
© REUTERS/Mike Hutchings

C'est un vrai séisme politique en Afrique du Sud. Un rapport embarrassant pour le président Jacob Zuma vient d'être publié il y a quelques heures seulement, suite à une décision de justice. Ce document revient sur les liens entre le chef de l’Etat et une riche famille d’hommes d’affaires. Le rapport exhorte le parquet et la police à enquêter sur de possibles « crimes » de corruption commis au sommet de l'Etat.

Dans ce document de 355 pages intitulé « La Prise de contrôle de l'Etat », et dont on découvre peu à peu le contenu, la médiatrice de la République, chargée du bon usage des deniers publics, « porte à l'attention du parquet » et de l'unité d'élite de la police « les problèmes identifiés dans ce rapport où il semble que des crimes ont été commis ».

Jacob Zuma, qui accumule les scandales depuis sa prise de fonction en 2009, avait tenté de bloquer, via les tribunaux, la publication de ce rapport. Mais dans une volte-face inattendue mercredi, il a renoncé à son recours devant la justice. Dans la foulée, la Haute Cour de Pretoria, qui était saisie de l'affaire, a ordonné la publication immédiate du document, une décision à laquelle s'est soumis le bureau de la médiatrice.

Le rapport étudie les soupçons d'influence de la sulfureuse famille d'hommes d'affaires Gupta sur le président Zuma, au point de lui imposer la nomination de certains ministres pour favoriser leurs intérêts.

Un demi million d'euros pour des faveurs

Dans son rapport, la médiatrice Thuli Madonsela - dont le mandat a expiré mi-octobre - juge « inquiétant » que le député David Van Rooyen se soit rendu à sept reprises chez les Gupta, y compris la veille de sa nomination surprise au ministère des Finances en décembre dernier. « Cela semble anormal compte tenu du fait qu'il était (simplement) membre du Parlement », souligne-t-elle notamment. La nomination de M. Van Rooyen avait provoqué la panique des marchés et contraint le président Zuma à rappeler, au bout de quatre jours seulement, le très respecté Pravin Gordhan au poste de ministre des Finances.

On apprend également qu’un de frères Gupta a proposé près d’un demi million d’euros à l’actuel ministre adjoint des Finances en échange de faveurs, lui demandant même s’il avait un sac pour mettre l’argent liquide. Le ministre des Mines, pour sa part, a aidé les Gupta à racheter une mine de charbon pour ensuite leur donner un marché public.

Concernant le président Zuma, le rapport cite un appel du chef de l’Etat à un de ses collaborateurs, lui demandant d’appeler les Gupta, pour les aider. On parle aussi d’appels de son fils Duduzane Zuma qui travaille pour les Gupta, à certains ministres. C’est clairement un document accablant pour le chef de l’Etat et son gouvernement.

Motion de défiance

Au minimum, Jacob Zuma est responsable de ne pas être intervenu pour mettre fin à la main mise de cette famille sur les membres du gouvernement. La question est de savoir s'il y a suffisamment d’éléments pour prouver que cette famille a par exemple imposé certains ministres en échange de faveurs.

Ce document apporte-t-il des preuves qui peuvent tenir devant un tribunal ? Si c’est le cas, cela voudrait dire que le président a abandonné son autorité au profit d’individus qui ne font pas partie de l’exécutif.

Et cela pourrait entraîner une motion de défiance ou une procédure de destitution. Ce mercredi soir, plusieurs partis d’opposition, dont l’Alliance Démocratique, ont fait savoir qu’ils allaient lancer dès la semaine prochaine au Parlement une motion de défiance contre le président Zuma.