Libye: le régime de Kadhafi a-t-il inoculé le sida à 232 enfants de Benghazi?

Les infirmières bulgares et le médecin palestinien emprisonnés pour avoir inoculé le virus du sida à 232 enfants libyens avaient été libérés en 2007, après plus de huit ans dans une prison libyenne.
© Sylvain Biville/RFI

Près de 10 ans après l'affaire, Mediapartpropose une nouvelle thèse sur la contamination de 232 enfants libyens au virus du sida. Selon les carnets de Choukri Ghanem, chef du gouvernement de Kadhafi de 2003 à 2006, que le site d'information français a pu se procurer, ce sont les chefs libyens du renseignement militaire et des services spéciaux qui auraient injecté le virus du sida à ces 232 enfants. Une version que conteste l'avocat des infirmières bulgares accusées à l'époque d'avoir contaminé ces enfants.

Les infirmières bulgares qui ont passé plus de huit ans en prison libyenne sous le régime de Mouammar Kadhafi avant d'être libérées en 2007, se félicitaient samedi des révélations à Paris confirmant leur innocence. « Cette nouvelle me fait pousser des ailes ! La vérité triomphe, près de 10 après notre libération par Cécilia » (l'ex-épouse de l'ex-président français Nicolas Sarkozy), se réjouissait Valia Tcherveniachka, l'une des cinq infirmières bulgares qui, avec un médecin palestinien, étaient accusées en Libye d'avoir inoculé le virus du sida à 232 enfants à l'hôpital de Benghazi, dans l'est du pays.

Selon un témoignage rapporté par le site français Mediapart, ce sont les chefs libyens du renseignement militaire et des services spéciaux qui auraient injecté le virus du sida à des enfants libyens. Ce témoignage figurait dans un carnet aux mains de la justice française, ayant appartenu à Choukri Ghanem, chef du gouvernement de Kadhafi de 2003 à 2006. L'affaire aurait pu constituer une vengeance envers Benghazi, ville rebelle au régime de Khadafi.

« C'est inimaginable, absurde comme dans un film d'horreur !, s'est exclamée une autre infirmière, Valentina Siropoulo, interrogée comme ses collègues au téléphone par l'Agence France-Presse (AFP). Voyez-vous aux mains de quels monstres nous avons passé huit ans et demi. C'est un miracle que nous ayons pu nous en sortir ».

Dédommagements

Plus sobres, les infirmières Kristiana Valtcheva et Snejana Dimitrova, ont estimé que ces révélations pourraient les aider à obtenir des dédommagements pour le compte de la Libye. « Il faut que la culpabilité des responsables libyens soit prouvée. L'État libyen a des avoirs l'étranger dont nous pouvons être dédommagées », a déclaré Mme Valtcheva.

Snejana Dimitrova a évoqué une enquête ouverte en Bulgarie il y a cinq ans, quand Mouammar Kadhafi était encore au pouvoir, laquelle n'a jamais abouti. Or « la justice bulgare doit s'être prononcée pour que nous puissions nous adresser à la Cour européenne aux droits de l'homme » à Strasbourg, a-t-elle expliqué.

L'avocat des infirmières conteste

Mais pour François Cantier, fondateur de l'ONG Avocat sans frontières qui, à l'époque, a défendu les infirmières bulgares injustement accusées d'avoir contaminé les enfants, ces révélations semblent farfelues. Et ce principalement parce qu'une enquête médicale avait à l'époque clairement établi le mode de transmission de ce virus. Une transmission qui ne serait pas du tout passée par une inoculation volontaire comme l'affirme Choukri Ghanem dans ses carnets.

« Je ne vois pas comment la thèse de la contamination volontaire de ces malheureux enfants peut encore aujourd'hui être soutenue », réagit-il au micro de RFI. Il rappelle qu'à l'époque, l'enquête épidémiologique avait mené au porteur du virus du sida.

« C'est en raison d'un manque d'hygiène à l'hôpital de Benghazi, selon les scientifiques, que cette contamination a pu ainsi se produire, explique François Cantier. Très certainement par l'utilisation de matériel médical déjà contaminé : soit des seringues, soit tout autre matériel médical invasif qui met au contact du sang d'autres personnes le virus du sida. Les experts étaient formels et surtout ils écartaient totalement la thèse de la contamination volontaire. Celle qui resurgit aujourd'hui. »

(Avec AFP)

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