[Reportage] Francophonie: les Malgaches entre désintérêt et espoir

Dans le quartier des 67 hectares, proche du centre-ville d’Antananarivo, les populations redoutent l’arrivée de la saison des pluies qui peut provoquer d’importantes inondations.
© RFI/Paulina Zidi

Ce week-end, la capitale malgache accueille le XVIe sommet de la Francophonie. Un rendez-vous bisannuel de chefs d’Etat et de gouvernement. Pour l’occasion, de nombreux chantiers ont été lancés à Antananarivo avec la construction d’un centre de conférences, de nouveaux hôtels et de nouvelles routes. Des travaux qui n’ont pourtant pas amélioré la vie des populations. Reportage dans les quartiers populaires d’Antananarivo.

De notre envoyée spéciale à Antananarivo,

Sur l’aéroport d’Ivato, les jets et autres avions des délégations sont alignés devant le pavillon d’accueil, ce vendredi, jour d’arrivée des chefs d’Etat. Pourtant, à un kilomètre de là, cette situation ne suscite aucun commentaire. Pour les habitants d’Ivato village, un quartier populaire situé juste à côté de l’aéroport, la vie se poursuit comme tous les jours. Le sommet de la Francophonie, tout le monde en a entendu parler, mais bien peu de gens se sentent préoccupés par la réunion : « C’est pas pour le peuple ce genre d’événement, nous confie un habitant. C’est bien pour les politiques. Ils organisent ce qu’ils veulent, pour nous cela ne change rien ».

La population de ces quartiers - pourtant situés à proximité des hôtels et centre de conférences qui vont accueillir les différents événements - attend peu de retombées. En temps normal, les touristes s’égarent rarement vers Ivato village et ils ne sont pas plus attendus pendant le week-end. Seule, la présence policière renforcée laisse penser aux habitants qu’ils se passe quelque chose d'inhabituel. « Ils nous mettent la pression, explique un homme croisé dans une ruelle. Il y a plein de choses que l’on a plus le droit de faire. Par exemple, ils ont interdit les charrettes en ville. C’est une semaine de travail perdue pour certains ». D’autres marchands de rue n’ont plus le droit de vendre leur marchandises aux touristes à la sauvette.

Des écoles fermées toute la semaine

Même constat dans le quartier des 67 hectares. Ici, nous sommes tout à côté du centre-ville. La nouvelle route flambant neuve avec éclairage public s’arrête à l’entrée des zones d’habitations et, après, c’est un mélange de taule, de bois et de petites ruelles boueuses. Des quartiers qui sont inondés régulièrement en saison des pluies. Les préoccupations sont bien loin de la Francophonie. Dans les quartiers bas de la capitale, on manque de tout : d'eau, d’électricité, d’école… Les enfants sont peu scolarisés et l’apprentissage du français n’est pas un besoin immédiat, peu d’habitants parlent le français.

Florent, qui nous guide dans ce dédale de ruelles, explique que personne, pas un officiel, n’est venu en amont pour voir quelles sont les améliorations dont auraient eu besoin les habitants du quartier avant d’entamer les nombreux chantiers de préparation du sommet de la Francophonie. Une situation que reconnaît l’élu du quartier. Pour Jean Godard, la liste des besoins est longue : « Moi, j’ai demandé plusieurs fois des bornes fontaines, des canaux d’évacuation, des pompes à eau, de l’éclairage public, mais pour l’instant on a rien, et avant ce sommet on a rien eu. Les gens qui viennent pour la Francophonie, ils ne vont pas venir dans nos quartiers donc on a rien rénové. »

Pour célébrer la Francophonie, les autorités ont un temps envisagé de déclarer chômées les journées de jeudi et vendredi. Les écoles ont elles été fermées toute la semaine. Une information qui n’a pas vraiment changé le quotidien de Jacqueline et de Georges. Ils fabriquent tous les deux des briques et des tuiles aux abords d’Antananarivo. « J’ai bien entendu que des gens n’allaient peut être pas travailler aujourd’hui, nous confie Jacqueline. Mais moi, je suis obligée de travailler, donc je suis venue quand même pour fabriquer mes tuiles ».

« Le Français, c’est important pour avoir un travail »

Toutes les voix ne sont pas critiques par rapport à ce sommet. Pour Colombe, habitante du quartier des 67 hectares, au contraire, c’est une bonne opportunité. « J’ai été ce jeudi au village de la Francophonie avec mes enfants, on a vu plein de belles choses ». Elle regrette toutefois le prix d’entrée de 2 000 ararys pour un adulte. Une somme bien conséquente pour elle. A ses côtés, Nirin est d’accord. Pour elle, la Francophonie, c’est important. « Le Français, ça représente beaucoup de chose, c’est important pour avoir un diplôme, un travail ».

Il y a aussi pour beaucoup, la fierté de montrer le potentiel de Madagascar. La manne touristique existe, les Malgaches en sont conscients. Alors, si accueillir ce type d’événement peut permettre de donner une bonne image du pays, ils estiment cela utile. Une évènement qui peut aussi relancer une économie moribonde et donner envie aux investisseurs de miser sur Madagascar. « Oui, si les choses se passent bien, les gens vont être intéressés par Madagascar. Ils vont vouloir acheter nos produits et il y aura plus de travail », espère une vendeuse du marché artisanal. Tout haut, un homme l’interpelle : « Regardez, la France ça fait plus de cinquante ans qu’on est avec et depuis rien n’a changé ».

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