Francophonie: un sommet où l'on dénonce «repli sur soi et rejet de l’autre»

Une vingtaine de chefs d'Etat ont répondu présents à ce XVIe sommet de la Francophonie de Madagascar.
© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

C’est, ce dimanche 27 novembre, le deuxième et dernier jour du sommet de la Francophonie à Madagascar, une vingtaine de chefs d'Etat et de gouvernement y participent, parmi eux, François Hollande. Au-delà des thèmes prévus par le sommet, ils sont souvent montés à la tribune avec un message politique. Plusieurs dossiers ont été abordés hier, les crises sécuritaires, la lutte contre le terrorisme en Afrique et les migrations notamment.

Avec nos envoyés spéciaux à Antananarivo, Pierre Pinto et Christophe Boisbouvier

Quand François Hollande monte à la tribune, beaucoup s’attendent à un discours dans la veine de celui de Dakar en 2014 où le président français avait longuement plaidé contre les manipulations constitutionnelles. Cette fois, cet aspect du discours n’aura duré que quelques secondes : « La francophonie doit être aux côtés des peuples qui se battent pour leurs aspirations, à des élections libres et transparentes, avec des ordres constitutionnels qui soient respectés », a notamment affirmé le président français.

Les crises sécuritaires et la lutte contre le terrorisme ont occupé beaucoup de place samedi 26 novembre. Le Nigérien Mahamadou Issoufou, dont le pays se bat contre Boko Haram avec ses voisins du bassin du lac Tchad au sein d’une force mixte multinationale en a vanté les mérites. « Je suis convaincu que le modèle de la force mixte multinationale opérant dans le bassin du lac Tchad peut nous inspirer dans le combat que nous menons contre les organisations terroristes ailleurs en Afrique », a insisté le président nigérien.

Trump, Brexit et droits des minorités sexuelles

Le président sénégalais Macky Sall a défendu pour sa part une Cour pénale internationale fragilisée par le départ annoncé de plusieurs pays membres mais en nuançant : « La justice pénale internationale ne peut véritablement pas remplir sa vocation universelle, être crédible, que si elle observe, dans sa pratique, les principes d’objectivité et d’impartialité ».

Egalement abordé, le projet de Donald Trump, de construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique, ne plait pas du tout aux ténors de la Francophonie. « Une identité ne se protège pas en érigeant des murs » a lancé François Hollande. « Les pays qui ont les moyens d’accueillir les migrants se barricadent derrière des murs dérisoires », a renchéri Michaëlle Jean. Le président français et la secrétaire générale de l’OIF ont trouvé les mêmes mots pour évoquer le Brexit et le vote Trump : « Le repli sur soi, c’est l’enfermement » a lâché François Hollande, « Le repli sur soi et le rejet de l’autre sont exploités jusqu’à tenir lieu de discours, voire de programmes électoraux » a renchéri Michaëlle Jean dans ce qu’on peut qualifier d'attaque en piqué contre le nouveau président des Etats-Unis.

Les deux orateurs se sont-ils donné le mot avant de monter à la tribune ? Sans doute pas, mais leur identité de vue est frappante. Hier, la palme du discours le plus ouvert aux différences est revenue à Justin Trudeau. Après un long plaidoyer sur les droits des femmes, le Premier ministre canadien, lui, avait un autre message à adresser à ses pairs, africains en particulier. «Ici, on aime parler des droits des libertés, a-t-il déclaré. Eh bien, les membres des communautés lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres souffrent dans trop de pays, incluant certains membres de la francophonie. On doit à nos citoyens LGBT le même respect, les mêmes droits et la même dignité qu’à tous les autres membres de notre société », a lancé le jeune Premier ministre à la tribune. Applaudissements de François Hollande, les chefs d’Etat africains qui étaient assis à côté de lui, sont, en revanche, restés de marbre.