Procès en Italie de l’Erythréen accusé de trafic de migrants: audience repoussée

Palais de justice de Palerme, Italie.
© Wikipédia

En Italie, s’ouvrait ce lundi 28 novembre le procès du jeune Erythréen accusé d'être le célèbre chef d'un réseau de trafiquants de migrants, responsable de centaines de morts en Méditerranée. Il a été arrêté au Soudan, fin mai, puis extradé vers la Sicile où les procureurs enquêtaient sur ses activités. Le problème est que le jeune homme arrêté nie catégoriquement être l'homme visé par l'enquête du parquet de Palerme. Documents à l'appui, avec son avocat, il crie à l'erreur judiciaire mais des incidents de procédure à répétition l'empêchent, pour l'instant, de pouvoir faire valoir ses arguments devant des juges.

Une fois de plus, on a extrait le jeune homme de sa prison de Palerme. Une fois de plus, on l'a présenté à un tribunal et, une fois de plus, l'audience a été repoussée, cette fois au 6 décembre. Un des trois juges a été récusé au motif qu'il avait signé un acte présent dans l'accusation.

Medhanie Tesfamariam - c'est le nom du prévenu - ne peut donc toujours pas raconter sa version des faits à savoir celle d'un réfugié érythréen, sans histoire, arrêté dans la rue, à Khartoum, au mois de mai, puis extradé en Italie sans savoir ce qu'on lui reprochait. Incarcéré en Sicile depuis six mois « il est un peu perdu », racontent ses proches et son avocat.

Il clame son innocence car les procureurs disent qu'il est en réalité Medhanie Merid, dit « le Général », un gangster notoire qui règne sur les trafiquants en Libye et au Soudan. Or, Medhanie Tesfamariam a six ans de moins et il ne correspond absolument pas aux photographies du trafiquant. Sa famille mais aussi des victimes du vrai criminel l'innocentent et des documents, rassemblés par son avocat, appuient son récit. Pourtant, il lui faudra encore attendre une semaine pour pouvoir s'exprimer devant ses juges.


Inquiétude sur la santé du jeune homme

La journaliste érythréenne Meron Estefanos suit ce cas depuis le début. Elle connaît le vrai trafiquant, Medhanie Merid, pour l'avoir interviewé. C'est elle qui, en lien avec la famille du prévenu, alerte sur l'innocence du jeune homme arrêté. Aujourd'hui, elle craint pour sa santé. « C'est épuisant pour la famille et surtout pour Medhanie lui-même, confie-t-elle. Déjà, quand il a été arrêté au Soudan, il ne savait pas de quoi on l'accusait, parce qu'il ne parle pas l'arabe. Il n'y avait pas de traducteur ni d'avocat pour l'aider. Il a découvert les chefs d'accusation portés contre lui en arrivant en Italie. Une fois en prison, on a commencé par lui interdire la visite de membres de sa famille. Sa sœur s'est déplacée de Norvège jusqu'en Sicile, mais en vain. Les autorités ont dit qu'ils ne le connaissaient pas, même si elle était porteuse d'une lettre d'un juge l'autorisant à lui rendre visite. Il a fallu trois mois avant qu'il puisse passer un premier coup de téléphone depuis sa prison. Deux ou trois minutes, deux fois seulement. Sa famille ne sait pas vraiment comment il va. Sa sœur me dit qu'elle a très peur pour lui. Elle craint qu'il finisse par se suicider, et c'est une crainte que je partage. »

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