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Rwanda France

Génocide rwandais: Kigali ouvre une enquête sur le rôle de responsables français

Le président rwandais Paul Kagame allume la flamme du souvenir au mémorial de Kigali, lors de la commémoration des 21 ans du génocide, le 7 avril 2015.
© AFP/Stéphanie Aglietti

Kigali a mis ses menaces à exécution. Le parquet rwandais a annoncé mardi soir 29 novembre l'ouverture d'une enquête sur le rôle de 20 responsables français dans le génocide de 1994 dans le pays. Le Rwanda accuse depuis des années la France de participation dans les massacres qui, à partir d'avril 1994, ont fait environ 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsie. Cette décision de la justice rwandaise devrait de nouveau affecter les relations diplomatiques entre les deux pays. Dans un communiqué, le procureur général du Rwanda Richard Muhumuza demande aux autorités françaises de coopérer.

Le parquet rwandais souhaite entendre 20 personnalités françaises, afin « de mieux comprendre leur rôle et de décider si elles seront poursuivies ou non ». Au fil des enquêtes, précise le procureur général du Rwanda « d'autres agents et/ou fonctionnaires français pourraient être appelés à assister » la justice rwandaise.

Richard Muhumuza assure que les autorités françaises ont été formellement contactées et dit espérer leur coopération sur la base « de la réciprocité ». Par le passé, Kigali avait en effet autorisé des enquêtes françaises en territoire rwandais.

22 officiers supérieurs français

Si le communiqué ne détaille pas le nom des personnalités visées, le 1er novembre, une commission rwandaise avait publié la liste de 22 officiers supérieurs français qu'elle accuse d'avoir été impliqués dans le génocide « en tant qu'auteurs et complices ». Cette liste a été publiée en réponse à la décision de deux juges français de relancer l'enquête sur l'attentat contre l'ex-président Juvénal Habyarimana, élément déclencheur du génocide.

Parmi les personnalités françaises accusées on peut trouver l'ancien chef d'état-major Jacques Lanxade et le général Lafourcade, commandant de l'opération Turquoise mais aussi le colonel Jacques Hogard, qui commandait l'un des trois groupements de l'opération.

Une mécanique rwandaise

« C’est une très vieille histoire qui se décline toujours de la même manière. Quand le Rwanda a une contrariété, quand s’exerce sur ce pays une pression pour savoir la vérité, il répond de manière mécanique en mettant en cause les plus hautes autorités politiques et militaires françaises », a réagi maître Alexandre Varaut, l’avocat du colonel Jacques Hogard.

« Le seul but est de créer une agitation politico-médiatique, de faire croire que les responsabilités sont dans le camp des Français alors que rien n’a été établi de tel depuis longtemps », a poursuivi l’avocat avant de préciser : « S’il y avait des coupables, on le saurait depuis longtemps. »

« Nous n’avons aucune espèce d’inquiétude. Ils peuvent ouvrir toutes les enquêtes qu’ils veulent au Rwanda, il ne se passera rien de plus. D’ailleurs, on est assez surpris qu’ils ne l’aient pas fait plus tôt puisque tous les cinq ans, le Rwanda publie une liste qui contient généralement l’élite de l’armée française, que le Rwanda présente comme une bande organisée d’assassins. Tout cela est totalement ridicule », conclut maître Alexandre Varaut.