Ouganda: la Cour de justice de Jinja inculpe le roi du Rwenzururu pour meurtre

Arrestation de l'un des gardes du roi du Rwenzururu Charles Wesley Mumbere à Kasese le 29 novembre 2016.
© REUTERS/James Akena

En Ouganda, le roi du Rwenzururu Charles Wesley Mumbere a été inculpé en fin d'après-midi mardi 29 novembre pour meurtre par la Cour de justice de Jinja. Un crime passible de peine de mort. Il avait été arrêté dimanche 27 novembre à Kasese, dans l'ouest du pays, région proche de la frontière avec la RDC, après de violents affrontements qui ont éclaté entre sa garde royale et les forces de l'ordre.

A la sortie de la Cour de justice de Jinja, Winnie Kizza, leader de l'opposition au Parlement et député de Kasese, à condamner en des termes forts l'inculpation du roi Mumbere : « C'est la manière de Museveni de museler les gens. Il l'a dit et redit qu'il trouverait un moyen de faire taire le royaume du Rwenzururu. Mais en tant que peuple nous sommes forts, nous croyons en notre roi. C'est un homme fort. Nous allons nous battre. »

Plus tôt dans la journée, le gouvernement s'est pour la première fois exprimé depuis le début des violences qui ont fait 62 morts selon la police, plus d'une centaine selon la presse locale. « Des actions légales appropriées seront prises à l'encontre de tous ceux qui seront reconnus coupables, a déclaré le ministre des Affaires intérieures Jeje Odongo. Je profite de cette opportunité pour condamner dans les termes les plus fermes possible tous ceux qui promeuvent une idéologie extrémiste et violente. L'armée et la police ougandaises ont un mandat constitutionnel pour protéger tous les Ougandais. Quiconque par conséquent cherche à prendre les armes et à déstabiliser la sécurité de l'Ouganda, sera traité conformément à la loi du pays. »

Les forces de l'ordre mènent encore des opérations de traque des camps d'entraînement dans la région du Rwenzori.

« Il est important que l'Etat ne précipite pas les choses »

« Nous avons appris que le roi faisait face à des accusations de meurtre, et nous ne savions même pas qui il pouvait bien avoir tué », explique Alaso Alice Asianut, vice-présidente du Forum pour le changement démocratique (FDC), principal parti d'opposition en Ouganda. « Les charges, qui pèsent à son encontre, ont été retenues en raison du contexte de tensions politiques qui règne dans le royaume. Il est important que l'Etat ne précipite pas les choses, et ne fasse pas monter la tension », ajoute-t-il.

« Il faut que l'Etat parle avec le roi et avec les chefs traditionnels du royaume pour parvenir à une résolution politique et pacifique plutôt que d'accuser le roi de meurtre, un crime passible de la peine de mort », poursuit l’opposant avant de conclure : « Cette menace peut générer beaucoup d'angoisses, dans le royaume et dans tout le pays. »

HRW craint un nouveau cycle de violences

« C'est une région où il y a déjà eu des violences, une région qui a été marginalisée économiquement, et où la tension ethnique est récurrente. Ces événements sont un nouveau chapitre tragique de son histoire », alerte Maria Burnett, directrice associée au bureau Afrique Human Rights Watch (HRW).

« Les circonstances ne sont pas claires, mais les informations qui remontent du terrain sont très inquiétantes. Les habitants accusent la police et l'armée d'usage disproportionné de la force. Le gouvernement doit donc faire son maximum pour enquêter sur le comportement de ces unités », ajoute l’experte.

« De notre côté, nous devons continuer à faire pression, alerter les partenaires de l'Ouganda, les diplomates. C'est dans l'intérêt du pays d'avoir des forces de sécurité crédibles et responsables de leurs actions. L'Ouganda veut jouer un rôle dans les missions de la paix et ils ont des soldats déployés dans de nombreux pays. Donc, avoir une armée connue pour son respect des droits de l'homme, c'est très important pour l'image de l'Ouganda », conclut la responsable de HRW.

 

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