Défis sécuritaires en Afrique: trois leçons du Forum de Dakar 2016

Séance de clôture du Forum de Dakar 2016 en présence notamment du président Macky Sall, son homologue nigérian Muhammadu Buhari et le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.
© Tirthankar Chanda/RFI

La troisième édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique a pris fin mardi 6 décembre 2016 au terme de deux jours de travaux. Elle a réuni des chercheurs africanistes reconnus, mais aussi des hommes politiques et des militaires nationaux et internationaux impliqués dans la recherche de la paix et la sécurité sur le continent africain.

A l’heure de bilan, retour sur les principales idées qui ont émergé lors des interventions et les échanges que la rencontre 2016 a accueillis.

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Dès la plénière d’ouverture du Forum le 5 décembre, le président Macky Sall a mis les pieds dans le plat en évoquant la question de financement des forces de paix en Afrique. Si dans la plupart des pays, « les armées nationales ne sont pas prêtes à relever le défi sécuritaire », c’est en grande partie à cause de « la séquence d’ajustements structurels qui interdisaient tout équipement dans le domaine de la défense », a expliqué le chef de l’Etat sénégalais. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, les Etats doivent faire des efforts internes pour mettre à niveau cet outil de défense » qu’il s’agisse de « l’équipement », des « hommes » ou des « capacités d’entraînement ». Comment financer ces efforts ?

Les pays concernés, dont les dépenses sécuritaires ont été multipliées par 3 depuis 2012 pour attendre 6 à 7% de leur PIB, se tournent vers l’Union africaine. Or le fonds pour la Paix, financé depuis 2015 à hauteur de 25% par les pays membres de l’UA et à hauteur de 75% par les Nations unies, ne suffira vraisemblablement pas à répondre à tous les besoins. Selon Serge Michailof, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l’Afrique subsaharienne, « une prise en charge internationale des dépenses de sécurité de ces pays est incontournable ». Pour le chercheur qui a participé aux débats du Forum de Dakar, cela coûterait moins cher qu’une intervention militaire occidentale et « c’est la seule manière crédible d’assurer la sécurité de ces régions et d’éviter ce que l’on peut qualifier d’ "afghanisation" ».

Seule l’approche globale marche

« Prévention » a été sans doute le mot le plus prononcé lors des deux jours de débats au Forum de Dakar. Même les militaires invités à s’adresser aux participants lors d’une séance plénière inédite où les chefs d’état-major du Sénégal, du Nigeria, de la France et du Burkina Faso ont successivement pris la parole pour rappeler que si « la violence ne recule que devant la force robuste », « gagner la guerre ne suffit pas pour faire la paix ».

Les autres intervenants ont fait à leur tour, dans les différents ateliers comme dans les séances plus solennelles, l’éloge des vertus de l’approche globale qui consiste à articuler sécurisation militaire, réforme de la gouvernance et développement économique, sans oublier la recherche, chère au cœur des organisateurs du Forum de Dakar, d’une réponse doctrinale et intellectuelle de l’islam au discours extrémiste des terroristes. « La lutte contre l’extrémisme nécessite aussi et surtout une éducation et une formation spirituelles qui déconstruisent les rhétoriques et les manipulations de conscience dont la jeunesse constitue la proie la plus facile », a affirmé le président Macky Sall.

Loin d’être une vue d’esprit, cette approche globale marche, comme l’ont illustré les intervenants au Forum en s’appuyant sur le cas notamment de 200 jeunes du Front de libération du Macina (Mopti) qui ont, suite à des négociations menées avec eux, accepté de déposer les armes et de réintégrer leurs communautés. Enfin, en matière de déradicalisation, c’est peut-être le G5 du Sahel qui semble avoir adopté l’approche la plus globale, en complétant le sécuritaire par le développement et la contre-radicalisation. Pour Amadou Sall, coordinateur de la cellule régionale de prévention de la radicalisation au sein du G5, il faut apporter aux radicalisés « une offre plus alléchante que l’offre violente que leur propose le jihad ». Créée suite à la décision prise par les chefs d’Etat des pays du G5 du Sahel, cette cellule de déradicalisation disposera bientôt d'antennes locales, a expliqué Amadou Sall. C’est la preuve que l’idée de la « prévention » est bel et bien entrée dans les mœurs.

La coopération régionale a le vent en poupe

Face aux menaces terroristes, la coopération régionale s’est révélée être la stratégie la plus « efficiente ». C’est sans doute la leçon à tirer des expériences, notamment du G5 réunissant les Etats du Sahel directement menacés par les organisations jihadistes de la région (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) et de celles de la Commission du bassin du lac Tchad (Niger, Nigeria, Tchad, Cameroun et le Bénin) ressuscitée en 2014 pour combattre Boko Haram. Leurs représentants ont été nombreux à assister au Forum de Dakar. Ils ont rappelé le profit que leurs pays tirent en mutualisant leurs moyens (limités) et en supprimant les entraves techniques que représentent les frontières. Leurs coopérations transfrontalières, encore balbutiantes, commencent avoir des effets tangibles, comme l’a confirmé le président Buhari du Nigeria en personne en faisant au Forum l’éloge de la coopération entre son pays et les voisins dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM). « Je crois Boko Haram est fini », a déclaré le chef de l’Etat nigérian.

Les coopérations du type G5 et FMM ont aussi la faveur des bailleurs de fonds internationaux qui s’interrogeaient à haute voix à Dakar si l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) de l’Union africaine - un dispositif continental - était encore adaptée aux besoins sécuritaires du continent.