RDC: l’opposant Etienne Tshisekedi appelle à la résistance pacifique

Capture d’écran de la vidéo postée sur internet de l’opposant congolais Etienne Tshisekedi dans laquelle il appelle à la résistance pacifique.
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La situation reste tendue, ce mardi matin, dans la capitale de République démocratique du Congo, et ce, quelques heures après la fin constitutionnelle du mandat du président Joseph Kabila. Le chef de l'UDPS, l’opposant Etienne Tshisekedi, affirme ce matin, dans une vidéo, que le chef de l'Etat a perdu sa légalité et sa légitimité.

« En ce jour du 20 décembre 2016, monsieur Joseph Kabila a donc épuisé son second et dernier mandat à la tête de la République démocratique du Congo ». L'opposant congolais Etienne Tshisekedi appelle ce mardi matin à la résistance pacifique en République démocratique du Congo. Un appel lancé dans une vidéo, publiée sur internet, par le leader de l'UDPS qui est aussi à la tête du Rassemblement de l'opposition, quelques heures après la fin du mandat du président congolais, Joseph Kabila.

Ce mandat s'est terminé à minuit, la nuit dernière, selon la Constitution, mais le chef de l'Etat n'a pas quitté le palais présidentiel. Il reste en place, jusqu'aux prochaines élections, selon un accord conclu avec une frange de l'opposition, en octobre dernier.

« Violation de la Constitution »

Mais pour Etienne Tshisekedi, Joseph Kabila n'est plus à sa place : « Il a perdu sa légalité et sa légitimité à la tête du pays. En dépit de tous nos efforts pour trouver un compromis politique, monsieur Kabila a décidé de demeurer au pouvoir par défi. Monsieur Joseph Kabila se rend ainsi coupable de parjure et a commis une violation intentionnelle de la Constitution, constitutive de la haute trahison. En conséquence, je lance un appel solennel d’abord au peuple congolais à résister pacifiquement au coup d’Etat qui est ainsi accompli avec la bénédiction de la Cour constitutionnelle ».

Pour Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement, cet appel à la résistance pacifique n'a aucune raison d'être : « C’est un appel qui est truffé de contradictions. Monsieur Tshisekedi s’exprime comme s’il était à lui tout seul le propriétaire de la République démocratique du Congo. Le fait que monsieur Kabila soit légitime ne dépend pas de la volonté de Tshisekedi. C’est ce que la Constitution congolaise prévoit et la Cour constitutionnelle l’a rappelé. Mais après avoir pratiquement essayé d’usurper des fonctions de Cour constitutionnelle à lui tout seul en décrétant qui est légitime constitutionnellement et qui ne l’est pas. Donc il y a beaucoup de confusion. La seule chose positive que je peux retenir dans toute cette déclaration, c’est le fait qu’on va continuer à discuter et qu’à partir de là nous pourrons trouver les meilleures pistes pour pouvoir vivre de manière pacifique cette période qui précède l’élection d’un nouveau président ».

Situation volatile à Kinshasa

Ce mardi matin, la situation est vraiment inégale d’un quartier à l’autre de la capitale. Dans le quartier Victoire, c’est plutôt une journée ville morte avec des jeunes qui jouent au football en plein milieu de la rue. Il n’y a absolument aucune circulation ou très peu.

Et puis dans d’autres quartiers, on a assisté à des affrontements entre les forces de sécurité et des jeunes. Des jeunes qui érigent des barricades, qui également manifestent avec des sifflets. Il y a eu plusieurs arrestations justifiées par le porte-parole de la police pour qui autant siffler ou utiliser des casseroles comme c’était le cas lundi soir, ce n’était pas interdit, en revanche, jeter des pierres, créer des barricades pour gêner la circulation, c’est ce que les forces de sécurité essaient d’empêcher. On apprend qu’il y a aussi eu des destructions, notamment le siège du PPRD, le parti présidentiel, qui a été incendié à Matete alors qu’il y avait des affrontements entre la police et de jeunes manifestants.

Il y aurait au moins un mort et des blessés par balle, selon un premier bilan confirmé par RFI. Un bilan encore provisoire.

Violences à Lubumbashi

Deux quartiers de Lubumbashi sont particulièrement concernés par les violences de cette nuit. La Katuba d'abord, au sud-ouest de la ville où il était à peine 3 h du matin lorsque la population a investi les rues et commencé à ériger des barricades. Des pillages ont aussi été signalés. « Nous nous sommes réveillés dans une ébullition, témoigne Somville, cet habitant du quartier est aussi le porte-parole du Rassemblement pour le Haut-Katanga. La population s’est prise en charge et elle dit qu’elle a été vexée par la publication du gouvernement. La population a dit trop, c’est trop ».

Une banque a également été pillée, une station essence au moins aurait été incendiée ainsi qu'un groupe électrogène non loin de là aux abords du stade Joseph Kabila. D'autres témoins évoquent des tirs nourris en milieu de matinée sans que l'on sache s'il s'agit de tirs de sommations où s’il y a eu de véritables affrontements. A ce stade, la police n'a fourni aucun bilan.

L'autre quartier concerné c'est Rusahi, de l'autre côté de Lubumbashi. Là, selon la société civile, la population aurait voulu se diriger vers le centre-ville à l'aube, mais en aurait été empêchée par des groupes de militaires et de policiers. Le centre-ville où règne un climat d'incertitude. Les rares boutiques qui avaient ouvert ce matin ont fermé et où l'on pouvait voir il y a peu des parents venir retirer leurs enfants de l'école pour les mettre à l'abri chez eux.

Enfin, quelques minutes seulement avant la fin du mandat de Joseph Kabila, la composition du nouveau gouvernement a été annoncée à la télévision publique congolaise. Il sera dirigé, comme prévu, par Samy Badibanga. Le premier ministre s'est d'ailleurs exprimé publiquement en début d'après-midi pour la première fois et il a lancé un appel à la paix.

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