Dialogue politique en RDC: les grandes lignes de l'accord se dessinent

Les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) Marcel Utembi et Fridolin Ambongo, lors de la reprise de la médiation entre l'opposition et le gouvernement en place, le 21 décembre 2016.
© REUTERS/Thomas Mukoya

En République démocratique du Congo, la conférence des évêques (Cenco) entre probablement dans la dernière ligne droite des négociations. La Cenco a mené des discussions toute la journée, jeudi, avec représentants du pouvoir et de l'opposition. Et les pourparlers avancent. Alors que les points de vue semblaient très difficiles à rapprocher, dans la soirée un protocole d'accord était en cours de négociation, ce vendredi 23 décembre.

« Ce vendredi 14 heures, nous atterrirons », a déclaré le vice-président de la Cenco, Mgr Fridolin Ambongo. « Le président Kabila a fait suffisamment de concessions, l'accord sera signé ce vendredi », a tenu également à rassurer Adolphe Lumanu, délégué de la majorité présidentielle. Même ton chez Félix Tshisekedi du Rassemblement de l'opposition.

L'optimisme était de mise jeudi soir pour un projet d'accord finalement proche des positions défendues par l'Eglise catholique au dialogue national, mais jusque-là jamais acceptées par la majorité présidentielle. Leur délégué avait fini par claquer la porte, s'attirant l'ire des signataires de l'accord d'octobre qui en était issu.

Des élections en 2017

En quelques heures, elle a fini par accepter une transition d'un an seulement avec des élections en 2017, et non plus en 2018. Par ailleurs, le président Kabila s'engagerait à ne pas briguer de troisième mandat et à ne pas réviser la Constitution.

Quant à l'exécutif, les cartes pourraient être rebattues pour inclure maintenant les ténors de l'opposition. Le poste de Premier ministre resterait à l'opposition, mais rien ne dit que Samy Badibanga, nommé il y a une semaine, sera maintenu. On garderait un gouvernement d'union. Mais là encore, l'équipe pourrait être modifiée pour être plus inclusive.

Enfin, la Commission électorale serait remaniée même si son président, pourtant tant décrié par le Rassemblement, resterait en fonctions.

Un comité de suivi

Autre point : l’instauration d’un comité de suivi capable d'imposer le respect de l'accord. Et ce comité, le Rassemblement de l'opposition aimerait le voir appeler Conseil national de la transition. Etienne Tshisekedi, sa figure de proue, pourrait en devenir le président. Comme une contrepartie au maintien de Joseph Kabila au pouvoir pour un an. Ce comité a encore des contours flous. La communauté internationale et la conférence épiscopale en feront-elles partie ? Quatre juristes issus des deux parties planchent sur ses contours.

Reste l'épreuve du passage en plénière avec notamment parmi les délégués des membres du tout nouveau gouvernement Samy Badibanga. En tout cas, si un accord n'est pas signé ce vendredi soir, les évêques ont indiqué qu'ils mettraient fin à leur médiation. Et ils promettent d'en tirer toutes les conséquences et de s'adresser directement à la population.

Des incidents dans plusieurs villes

Dans le pays, la situation reste tendue. Si l'atmosphère est calme à Kinshasa, la répression de la contestation contre le président Kabila continue à l'intérieur du pays. Jeudi matin à Lubumbashi, le quartier de la Katuba a subi une importante descente de police. « Les agents ont arrêté des dizaines de jeunes. Ce sont des représailles », explique un habitant. Les familles se seraient ensuite massées devant le poste de police pour protester. Selon un témoin, une partie des prisonniers aurait été libérée contre de l'argent. « C'est déplorable. Ces arrestations renforcent la colère des gens », déclare un opposant local.

A Bukavu, plusieurs manifestations ont été dispersées. Vingt-quatre personnes ont notamment été arrêtées lors d'un sit-in, avant d'être relâchées. La libération s'est suivie d'une marche pacifique sans incident.

D'autres violences ont éclaté depuis le début de la semaine. Mais cette fois, le lien avec la crise politique n'est pas clairement établi. Selon un décompte de Human Rights Watch, elles auraient fait des dizaines de morts.

Après Kananga, Rutshuru ou encore Butembo, la ville de Lisala, dans le nord-ouest, a été touchée. Les adeptes d'une secte ont brièvement pris en otage le gouverneur et des officiers. Ils ont ensuite attaqué la ville avant une intervention musclée de l'armée.

Des affrontements communautaires ont également éclaté notamment à Manono, entre Pygmées et Lubas. Ou encore jeudi matin, dans l'est, où le village de Bwalanda a été attaqué par des Maï Maï Nyatura, une milice hutue. Les victimes, majoritairement issues de la communauté Nandé seraient au nombre de 21, selon la Monusco, 33 selon un membre de la société civile de Bwalanda. Ce responsable, qui a souhaité garder l'anonymat, estime que la dimension ethnique de ces attaques, fréquentes entre ces deux communautés du Nord-Kivu, relève en fait d'une instrumentalisation politique.

On a vraiment constaté que les enrôlements aux élections seraient les vrais mobiles de ces attaques.
Un responsable de la société civile
23-12-2016 - Par Laura Martel

Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre en début de semaines ont fait, selon les derniers bilans, 19 morts d'après l'ONU, 22 si l'on en croit les autorités et 34 selon le décompte de Human Rights Watch.