Soudan du Sud: l'ONU s'oppose à un embargo sur les armes, des ONG s'indignent

Des soldats et policiers sud-soudanais montent la garde dans une rue à Juba, le 10 juillet, lors des violences qui ont alors frappé la capitale.
© REUTERS/Stringer

Un groupe d'ONG condamne le rejet par le Conseil de sécurité vendredi d'un projet de résolution américaine qui prévoyait un embargo sur les armes au Soudan du Sud et des sanctions contre plusieurs dirigeants de ce pays. En réaction, sept organisations dont Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent l'incapacité du Conseil de sécurité à montrer qu'il est du côté des civils sud-soudanais victimes du conflit.

Pour Simon Adams, directeur exécutif du Global Center for the Responsibility to Protect, l'une des ONG signataires, ce rejet de l'embargo sur les armes au Soudan du Sud est d'autant plus dangereux qu'il pourrait être considéré comme une autorisation à poursuivre les tueries par les deux clans qui s'opposent.

« J'espère que cette décision ne va pas être vue par le gouvernement et les rebelles comme un feu vert les autorisant à continuer de tuer... Mais je crains que ce soit le cas. Nous oublions parfois qu'au Soudan du Sud, les armes de destruction massive ne sont pas des armes nucléaires mais des armes légères, comme les AK 47. Ce qui fait des dégâts, c'est aussi la capacité du gouvernement et des rebelles de mettre ces armes légères entre les mains de ceux qui ciblent les civils. »

« Malheureusement il y a une effroyable tradition d'offensives militaires, y compris pendant la période de Noël et du Nouvel An, déplore l'humanitaire. Il y a eu des combats quotidiens, des discours de haine, du ciblage ethnique et tous les signaux d'alarme tendent vers une situation qui ne peut qu'empirer. Donc je pense qu'un embargo sur les armes était une opportunité de prendre les fusils, les hélicoptères de combat, les lance-roquettes des mains des seigneurs de guerre qui n'apportent rien d'autre que de la misère aux civils sud-soudanais depuis cinq ans. »

« Promesses en l'air »

Les opposants au texte estimaient cet embargo contreproductif, notamment parce que le président sud soudanais Salva Kiir a appelé ce mois-ci à un dialogue politique. Mais pour Simon Adams, cet engagement du président ne pourrait être qu'une promesse de plus.

« J'aimerais croire que c'est un engagement sincère mais nous avons tellement eu de promesses en l'air et de serments non tenus. A chaque fois que le Conseil de sécurité se tourne vers le gouvernement sud-soudanais et les rebelles en leur reprochant d'être responsables d'atrocités de masse contre la population, alors l'un ou l'autre camp dit "non, non on promet que cette fois on est vraiment sincère. On veut la paix. Cette fois nous allons nous parler et nous allons faire progresser notre pays"... Mais jusqu'à maintenant cela n'a jamais rien donné. »

Simon Adams déplore le même schéma tragique qui se répète à chaque fois. « A la place, nous avons eu cinq ans de guerre civile et puis une courte période de paix le temps que les gens s'arment à nouveau et se réapprovisionnent. Puis les combats reprennent. Les gens qui souffrent de cela, ce ne sont pas les hauts fonctionnaires du gouvernement, ce ne sont pas les rebelles mais les civils sud soudanais toutes ethnies confondues. Ils continuent d'en payer le prix et ils le paient de leur vie… »

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