RDC: un mémorial virtuel pour mettre un visage sur les morts de Beni

Beni Files veut rendre hommage aux victimes des massacres de Beni.
© capture d'écran du site

Un nouveau site internet entend rendre hommage aux victimes civiles de Beni, en République démocratique du Congo. « Beni Files » sera, à la fois, un webdocumentaire et un mémorial virtuel. Ce site, qui doit voir le jour en février, rappelera qu’au moins 700 personnes ont été tuées dans cette ville du Nord-Kivu depuis deux ans.

Le futur site « Beni Files » repose sur une recherche colossale. La réalisatrice belge Elien Spiellebeen et son équipe congolaise ont parlé à 636 personnes. Ces survivants, témoins et proches des victimes leur ont donné les noms et parfois les photos de plus de 700 personnes qui ont disparu à Beni d’octobre 2014 à juillet 2016.

« On montre que ce sont vraiment les frères, les soeurs, les enfants, les parents de quelqu'un, qu'on parle vraiment d'êtres humains qu'on est en train de négliger, confie Elien Spiellebeen. On veut montrer des émotions, qu'on peut très facilement reconnaître. Des émotions très personnelles pour dire au monde : ce ne sont pas des chiffres, ce ne sont pas des inconnus, voici les vrais visages des victimes de ces massacres, à l'est du Congo, dans la région de Beni. »

Des histoires par centaines

Même si elle a recueilli des histoires par centaines, Elien Spiellebeen n’oubliera jamais celle d’une veuve dont les trois filles ont été tuées et les trois garçons sont, encore aujourd’hui, portés disparus. Ce qui n’a pas empêché cette mère, très croyante, d’adopter un bébé laissé pour mort sous des cadavres. « Elle pensait : "voilà, c'est mon sort. J'ai perdu mes enfants, mais Dieu m'a choisi pour prendre soin maintenant de ce petit orphelin". »

« Poser la question »

Selon Elien Spiellebeen, qui s'est rendue dans la moitié des villages des environs de Beni, le véritable bilan humain est bien supérieur à 700 morts. Elle s’explique mal pourquoi, malgré la présence de la Monusco, la force des Nations unies, les informations concernant les victimes et leurs bourreaux sont si fragmentaires. « Qui sont les tueurs ? De Beni jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas vraiment de réponse. »

Le site « Beni Files » précisera les lieux où des Congolais sont tombés et donnera leurs noms et prénoms pour que nul ne puisse dire qu’on ne savait pas. « On ne peut pas les oublier, on doit regarder ces victimes dans les yeux. Puis on peut poser la question à la communauté internationale, au gouvernement congolais : pourquoi est-ce que cela ne vaut pas la peine de trouver les coupables et d'arrêter ces massacres ? »

→ Accéder au site de « Beni Files » (en construction)
→ Pour mener à bien son projet, « Beni Files » bénéficie d'une campagne de financement particaptif