Burundi: la plus ancienne ligue des droits de l'homme «définitivement radiée»

Photo d'illustration. La ligue des droits de l'homme, Iteka, a été «définitivement radiée» de la liste des ONG locales au Burundi.
© REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimama

La plus ancienne ligue burundaise des droits de l'homme, Iteka, a été « définitivement radiée » de la liste des ONG locales autorisées à travailler au Burundi, selon une ordonnance ministérielle rendue publique mardi 3 janvier. La dissolution d’Iteka fait suite à la publication d’un rapport co-écrit avec la Fédération internationale des droits de l’homme qui fait état de la répression gouvernementale et des violations massives des droits de l’homme.

Le président de la ligue Iteka, Anschaire Nikoyagize, n’est pas étonné de cette radiation. Depuis des mois, le gouvernement tente de suspendre l’activité d’organismes accusés d’avoir participé aux manifestations contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Les voix de la défense de droits de l’homme se font de plus en plus rares, du côté de la société civile du moins.

« Il a des organisations qui ont été mises en place par le gouvernement burundais, mais elles ne produisent aucun rapport », explique le défenseur des droits de l’homme, Anschaire Nikoyagize. « Elles se contentent de dire non aux différentes décisions des institutions nationales ou internationales, non aux rapports produits par les Nations unies, non au rapport produit par organisations comme la ligue Iteka. Les organisations qui osent dénoncer ne sont plus au pays », poursuit l’expert.

« Respecter le droit »

Pour justifier cette ordonnance de radiation, le gouvernement burundais avance que la ligue Iteka « amène l’obscurité au pays » et ne respecte pas le droit en vigueur. « Aujourd’hui au Burundi, venez voir. Il y a plus de six mille associations de la société civile. Une association qui ne respecte la loi burundaise, non », argue Gaston Sindimwo, premier vice-président du Burundi. Et d’ajouter : « Vous devez d’abord respecter le droit qui est dans ce pays. Nous sommes là, et nous allons gérer ce qui nous convient pour le respect des droits de l’homme au Burundi. »

De son côté, le président de la ligue assure que Iteka va continuer à publier ses rapports et à dénoncer les écarts du gouvernement burundais en matière de droits de l’homme.

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La ligue Iteka, son histoire et ses missions

Iteka, signifie « dignité » en kirundi, la langue parlée au Burundi. Elle est la première ligue des droits de l’homme à voir le jour en 1991 sous le régime à parti unique du major Buyoya.

Ses fondateurs sont réunis par le désir d’une ouverture démocratique et la recherche d’un espace pour s’exprimer librement. Parmi eux, des professeurs, des hommes d’Eglise mais aussi le futur chef de l’Etat burundais Melchior Ndadaye, premier président hutu, mais aussi premier président démocratiquement élu.

Lorsqu’il est assassiné par l’armée à dominante tutsi en 1993, le pays plonge dans la guerre civile et le travail se complique pour la ligue Iteka, accusée par chaque camp de favoriser l’autre.

Mais l’organisation gagne en crédibilité grâce à ses rapports et s’impose comme un acteur clef de la réconciliation. Elle travaille en sous-main pour ramener les autorités et les rebelles du CNDD-FDD à la table des négociations, préparant l’accord d’Arusha qui met un terme au conflit.

Sa radiation est une première

« Même au plus fort des différentes crises, la ligue n’a jamais été inquiétée, elle était protégée par son impartialité », affirme son actuel président. Sa radiation aujourd’hui est donc une première.

Selon un ancien responsable, la ligue paie la publication de ses rapports qui dénoncent la répression menée par le régime burundais depuis le début de la crise en avril 2015. Ses responsables vivent aujourd’hui en exil, et sa trésorière, Marie Claudette Kwizera, est portée disparue depuis plus d’un an.

En novembre dernier, Iteka publie avec la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme dont elle est membre, un rapport accablant pour le pouvoir en place. Le gouvernement parle alors d'allégations « mensongères » et « ridicules ». « Que cette ligue aille ailleurs », déclare le ministre de la Sécurité intérieure le 21 décembre. Le jour même, l’ordonnance de radiation est signée

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