Procès de Dominic Ongwen à la CPI: un expert de la LRA témoigne

Dominic Ongwen lors de l'audience du 6 décembre 2016 à La Haye.
© Peter Dejong / ANP / AFP

Le procès de Dominic Ongwen, l’un des cinq commandants de la sanguinaire Armée de résistance du Seigneur (LRA) a repris, ce lundi 16 janvier, à la Cour pénale internationale (CPI). Dominic Ongwen, lui-même enlevé quand il était enfant et donc devenu chef de guerre, doit répondre de 70 chefs d’inculpation devant la justice internationale dont des crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Assassinats, viols, torture, enlèvement d'enfants, pour n’en citer que quelques-uns. Après l’ouverture de son procès, en décembre, c’est au tour des premiers témoins de l’accusation de comparaître avec ce dimanche matin à la barre non pas une victime, mais un expert, professeur d’université et spécialiste de la milice ougandaise.

Tim Allen, professeur à la London School of Economics suit la LRA depuis sa création, en 1988. Il a fait sa thèse sur le nord de l’Ouganda et publié deux ouvrages sur ce groupe armé. Pourquoi faire venir un expert plutôt qu’un témoin classique ?

Pour l’accusation, c’est une façon d’avoir un éclairage indépendant sur l’identité et le mode de fonctionnement de l’Armée de résistance du Seigneur, un mouvement souvent présenté comme s’appuyant sur des croyances mystico-religieuses pour justifier sa violence et sa main mise sur ses combattants.

Quel a été l'influence des vétérans qui se sont battus contre Museveni ? Quel est le rôle des esprits dans le nord de l'Ouganda ? Que veut dire être possédé ? Comment les membres de la LRA percevaient-ils leur chef, Joseph Kony, et ses pouvoirs spirituels ? Interroge Maître Ben Gumpert. A chaque fois, Tim Allen réfléchit quelques secondes avant de répondre.

« La LRA a radicalement changé au fil des années. A la fin des années 90, la LRA avait des camps au Sud-Soudan. Elle recevait de l'assistance du gouvernement de Khartoum ainsi que des possibilités de formation militaire. Pour ce qui est de l'aspect spirituel, de ce que racontent ceux qui ont quitté la LRA, la spiritualité est restée très importante jusqu'au début des années 2 000. Ensuite, il y a eu un assouplissement. Certains disent même que Joseph Kony n'était plus possédé par les esprits », a-t-il soutenu.

De ce récit, ressort un portrait général très détaillé sur l'identité, les méthodes et les effets de la LRA sur la population civile.

Depuis ce matin, l’équipe du procureur s’appuie sur les connaissances de cet historien mais aussi sur une interview du chef de la LRA, Joseph Kony, donnée à la radio ougandaise, un manifeste politique écrit par la LRA en 2002 et sur toute une série de documents internes au mouvement comme par exemple des régles de conduite ou autres.

L’objectif est de démontrer que la LRA est un mouvement organisé avec une hiérarchie et un agenda politique clairs, au-delà des pouvoirs mystiques que Joseph Kony, son chef, a toujours invoqués. C’est déjà une façon de démonter un argument de la défense qui met en avant le pouvoir des esprits dans le fait que Dominic Ongwen ne serait pas responsable des atrocités commises.

Le procès est donc bien entré dans le vif du sujet, ce matin. Dominic Ongwen, justement, en costume sombre et cravate bleue, semble suivre avec intérêt cet exposé. Il sourit quelquefois lorsque des détails historiques qui remontent au XIXe siècle, par exemple, sont évoqués.

Selon l'ONU, la LRA a massacré 100.000 personnes et enlevé 60.000 enfants, depuis sa création, à la fin des années 80.

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