Procès Ongwen: la dimension spirituelle de la LRA disséquée devant la CPI

Dominic Ongwen, l'ex-chef de la LRA, devant la Cour pénale internationale à La Haye, lors de l'audience de confirmation des charges le 21 janvier 2016.
© REUTERS/Michael Kooren

Suite du procès devant la Cour pénale internationale de Dominic Ongwen. L’ancien commandant de l’Armée de résistance du Seigneur, la rébellion ougandaise de la LRA, est poursuivi pour 70 chefs d’inculpation. Lundi, l’accusation avait appelé à la barre un expert, un spécialiste de la LRA, Tim Allen, et ce mardi, ce sont les avocats de la défense qui l'ont interrogé.

Avec notre envoyée spéciale à La Haye, Léa-Lisa Westerhoff

Toute la journée, Tim Allen, professeur d’anthropologie du développement à la London School of Economics, a répondu aux questions des avocats de Dominic Ongwen. « Joseph Kony était-il un guérisseur spirituel ou quelqu’un qui était possédé par les esprits ? », interroge par exemple Crispus Ayena Odongo qui ajoute : « Est-il possible d’être possédé sans être guérisseur ? De quelle prophétie Joseph Kony a-t-il été capable dans les témoignages que vous avez récoltés ? »

Et, autant lundi l’accusation faisait ressortir les aspects rationnels de l’organisation et des motifs de lutte de l’Armée de résistance du seigneur, autant ce mardi la défense a passé beaucoup de temps à éclairer la force spirituelle de Joseph Kony et la dimension idéologique de la LRA. Un mouvement qui se dit chrétien avec à sa tête un chef qui était au départ un guérisseur et quelqu’un qui parle avec les esprits ancestraux.

Installé au milieu de la salle d’audience, face au juge, le professeur d’université pèse ses mots, cite des témoignages recueillis, tempère, nuance : « Oui, Joseph Kony a prédit des opérations militaires, mais pour être franc j’aurais pu en prédire quelques-unes aussi, car beaucoup de gens en parlaient à ce moment-là », explique par exemple Tim Allen.

De même lorsqu'il est interrogé sur les rites d'initiation des enfants soldats : « Je n’appellerai pas cela des rituels même si il peut y avoir des éléments rituels dedans. Dans certains cas les recrues étaient forcées de lécher le sang de corps morts. J’ai parlé hier de celui qui a été forcé de marcher avec des têtes de personnes tuées attachées autour de son cou. A chaque fois, il y a un moment où la recrue, pour survivre, était obligée de renverser son ordre moral en tuant par exemple des amis ou des membres de sa famille et était forcée de faire des choses qui seraient impensables dans la vie normale… »

Clairement, chaque camp prépare sa ligne d’argumentation. Dominic Ongwen, lui, installé tout à droite de la salle, fronce les sourcils. Son casque de traduction sur la tête, il semble suivre avec attention ces débats sur l’idéologie et la force des esprits.

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