Gambie: l'investiture d'Adama Barrow attendue à Dakar

Adama Barrow, le nouveau président de Gambie, ici lors de la campagne pour l'élection présidentielle, fin novembre.
© MARCO LONGARI / AFP

Le temps semble suspendu en Gambie. Depuis minuit, le pays retient son souffle. En effet, le mandat de Yahya Jammeh s'est officiellement terminé, mais le président sortant refuse toujours de quitter son siège. Les dernières tentatives de médiation de la Mauritanie n’ont pas donné de résultat immédiat et l'ONU doit se prononcer dans la journée lors d'un vote sur une intervention militaire de la Cédéao. Le Sénégal fait lui aussi pression. D’ailleurs, c'est à Dakar que devrait se dérouler ce jeudi 19 janvier l'investiture du nouveau président, Adama Barrow.

Compte-tenu de la situation et du blocage à Banjul, la cérémonie d’investiture devrait se tenir à Dakar. La situation est particulière, voire exceptionnelle. Cette prestation de serment est donc prévue à 16 heures, heure locale et TU, dans l’ambassade de Gambie. L’information vient d’être confirmée par la Cédéao et par la présidence sénégalaise. Cette ambassade, c’est une maison au bout d’un chemin de terre à côté de l’aéroport international.

Pourquoi ce lieu ? Car il faut respecter la Constitution. Adama Barrow doit prêter serment en territoire gambien. Un acte plus que symbolique. C’est une étape importante, essentielle pour que la prise de fonction soit officielle pour que le nouveau chef de l’Etat puisse notamment, et il devrait le faire juste après cette cérémonie, saisir la Cédéao sur la situation en Gambie, sur le blocage institutionnel en Gambie. Se pose aussi la question des juges, un ou plusieurs, qui sont censés valider cette cérémonie. On évoque à Dakar, la présence de magistrats qui ont fui le régime de Yahya Jammeh.

Une investiture, c’est habituellement une cérémonie millimétrée, très protocolaire ou les chefs d’Etat viennent en nombre. Ce ne sera pas le cas cet après-midi, aucun chef d’Etat ne devrait être là selon nos dernières informations. Seront donc présent : Marcel Alain de Souza, le président de la commission de la Cédéao, Mohamed Ibn Chambas, envoyé spécial des Nations unies dans la sous-région. Des ambassadeurs en poste à Dakar, notamment le représentant de la France. Le Sénégal pourrait être représenté par son Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

Pour suivre l’évènement, des écrans géants sont en train d’être installés, car la petite taille de l’ambassade ne permettre de faire entrer tout le monde. Cette investiture d’Adama Barrow est particulière, car le nouveau président gambien va prêter serment et sera donc en exil pour son premier jour en tant que chef d’Etat.


■ Pression militaire sur Jammeh

Les officiers d’état-major de la force en attente de la Cédéao planifient « en ce moment » les opérations depuis Dakar. Un blocus maritime serait en train d’être mis en place, tandis que l’armée de l’air mènerait des opérations de reconnaissance, selon les affirmations de l’armée sénégalaise. Le Nigeria et le Ghana ont annoncé l’envoi deux cents soldats chacun. Un jet et un navire nigérians seraient en approche. « Nous pouvons à tout moment ouvrir les hostilités », déclarait mercredi soir le porte-parole de l’armée sénégalaise.

Alors y a-t-il un lien ? En tous les cas, peu après, le chef d’état-major de l’armée gambienne assurait que ses soldats n’iraient pas se battre en cas d’intervention militaire. Elle compterait moins de 2 000 soldats répartis entre l’armée et la garde nationale. L’armée de l’air et la marine ne compteraient tout au plus quelques dizaines d’hommes. Une armée qui apparaît divisée. Depuis l’accession de Jammeh au pouvoir, on compte au moins huit tentatives de coup d’Etat. « Si des divisions existent, elles sont certainement plus ethniques que politiques », affirme Maggie Dwyer de l’université d’Edimbourg, soulignant que Jammeh a constamment favorisé les membres de sa propre ethnie (les Diolas, minoritaires en Gambie) au sein de l’armée. Depuis décembre beaucoup spéculent sur un possible recrutement de mercenaires, notamment parmi les rebelles de Casamance. Ces derniers seraient de longue date soutenus par Jammeh, affirme-t-on à Dakar.

L’armée sénégalaise cherche-t-elle à faire monter la pression ? Ces troupes n’ont pour l’instant qu’un mandat de la Cédéao pour intervenir. Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait voter cet après-midi une résolution, mais dans laquelle il n’est, pour l’instant, pas fait mention de l’option militaire. Enfin, les conséquences d’une intervention sont encore difficiles à évaluer : instabilité en Casamance, rejet par les Gambiens.

A Banjul, les rues sont désertes ce matin. Presque aucun commerce n’a ouvert. L’inquiétude est « palpable » confie un habitant.

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