Gambie: Yahya Jammeh accepte de quitter le pouvoir

Yahya Jammeh, le président sortant de Gambie, a finalement accepté de quitter le pouvoir après 22 ans à la tête du pays (ici en novembre 2016).
© MARCO LONGARI / AFP

A l'issue d'une longue journée de médiation avec les chefs d'Etats mauritanien et guinéen ce vendredi, le président sortant de Gambie a finalement déclaré lors d'une allocution à la télévision nationale, en pleine nuit ce 21 janvier, qu'il acceptait de quitter le pouvoir.

« Je crois en l’importance du dialogue et en la capacité des Africains à résoudre eux même les défis de la démocratie. C'est pourquoi j'ai décidé aujourd'hui de quitter la direction de cette grande nation », a déclaré le président sortant. Dans une allocution à la télévision nationale, Yahya Jammeh a dit qu'il voulait « préserver la vie de ses concitoyens » et qu'il refusait qu'une « seule goutte de sang soit versée ».

« J’ai une immense gratitude pour tous les Gambiens qui m’ont soutenu pendant 22 ans pour construire une Gambie moderne », a-t-il déclaré, assurant que sa décision « n'a pas été dictée par quoi que ce soit d'autre que l'intérêt suprême du peuple gambien et de notre cher pays ». Et de conclure : « Je me soumets uniquement au jugement de Dieu le tout puissant. Je vous remercie tous et que dieu continue de bénir notre patrie. »

De plus en plus isolé, lâché par sa propre armée et puis sous la pression des troupes de la Cédéao, qui menaçait d'une intervention militaire, Yahya Jammeh a fini par céder et par accepter une résolution diplomatique de la crise en Gambie.

Le président gambien Yahya Jammeh, lors d'une réunion avec une délégation de chefs d'Etat africains, en médiation sur la crise post-électorale gambienne, à Banjul, le 13 décembre 2016. © REUTERS/Stringer

Qu’est-ce qui lui a été promis pour qu’il quitte le pouvoir ?

Vendredi 20 janvier, les présidents mauritanien et guinéen ont passé toute la journée à négocier avec Yahya Jammeh pour qu'il laisse son siège au nouveau président élu, Adama Barrow. Une médiation de la dernière chance qui a donc, finalement, porté ses fruits. Si pour l'instant on ne connaît pas le contenu de l'accord qui a été conclu, ni quel est le pays qui offrira l'asile à Yahya Jammeh, quelques détails ont tout de même fuité.

L'ex-président de 51 ans a fait savoir qu’il souhaitait rester dans son pays. Une option catégoriquement refusée par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Il avait également fait savoir qu’il souhaitait pouvoir transmettre le pouvoir à Adama Barrow.

Autre condition de Yahya Jammeh : avoir des garanties de sécurité pour lui, mais aussi pour son entourage, composé des cadres et des fonctionnaires qui l’ont accompagné, mais aussi de ses soldats et de ses hommes qui lui sont fidèles, constituant en quelque sorte sa garde personnelle. D’après des sources onusiennes, l’un des enjeux des discussions ces dernières heures était de trouver des mécanismes qui permettraient à ces hommes d’éviter de subir les foudres éventuelles d’une vendetta organisée au sein de l’armée avec le changement de régime qui se profile.

Ainsi, il existe une très forte pression de la part de soldats sur Yahya Jammeh pour qu’il obtienne des garanties de sécurité pour ses hommes. Après il y a aussi les garanties de sécurité peut-être personnelles pour l’ex-président. Sera-t-il ou non l’objet de poursuites internationales ? Ce sont des choses qui ont été discutées à Banjul. Et il a dû obtenir les assurances qu’il recherchait.

■ Où Yahya Jammeh va-t-il s’exiler ?

Quand Yahya Jammeh va-t-il quitter la Gambie ?  Quelle sera sa terre d'exil ?

Sur la première question, selon une source diplomatique, l'accord conclu vendredi soir lui laisse deux à trois jours, mais une source guinéenne estime qu'il pourrait partir en exil dès aujourd'hui, ce qui pose la question de la vacance du pouvoir. Pour l'éviter, il faudra que le président élu Adama Barrow rentre dans son pays, précise une source diplomatique.

Les guinéens affirment de leur côté qu'ils feront tout pour s'assurer du départ effectif de Yaya Jammeh, ce qui signifie que le président Alpha Condé ne quittera pas le sol gambien avant Jammeh.

Et quelle sera la terre d'exil de Yaya Jammeh ? C'est pour l'instant encore flou. On évoque la Mauritanie, la Guinée, deux pays dont les présidents ont mené les médiations de dernières minutes avec Yahya Jammeh, mais la Guinée Equatoriale ou le Maroc ne sont pas des pistes à écarter.

Les choses devraient se dénouer dans les prochaines heures.

Calme à Banjul et reprise du ferry

Au lendemain de la nouvelle promesse de Yahya Jammeh de quitter le pouvoir, à Banjul, la vie reprend doucement son cours dans les rues de la capitale. Ces derniers jours, il y a eu un peu plus de circulation. Quelques magasins sont maintenant ouverts et des gens se ravitaillent sur les marchés. Par ailleurs, le ferry qui relie Banjul à la frontière sénégalaise a aussi recommencé à fonctionner, ce samedi matin. Des Gambiens qui s’étaient rendus au Sénégal par crainte de violences, commencent à rentrer vers Banjul.

Par contre, il n’y a eu aucune effusion de joie dans les rues de la capitale après l’allocution de Yahya Jammeh, la nuit dernière. Les habitants se disent heureux de la nouvelle, de savoir ainsi qu’il va quitter le pouvoir et de cette résolution pacifique de la crise. Cependant, il y a encore beaucoup d’incertitudes et de méfiance. Les gens disent attendre de voir Adama Barrow revenir au pays pour prendre ses fonctions, avant de célébrer.

L’attente, à Dakar, du nouveau président Adama Barrow

A Dakar, capitale sénégalaise, le nouveau président gambien attend le dénouement en vue, à Banjul. ll n’y a pas de réactions officielles dans son camp. Adama Barrow est très discret et personne, dans son entourage, ne veut se prononcer sur le discours de la nuit dernière de Yahya Jammeh. Il n’y a pas de raisons explicites à ce silence, mais depuis que la médiation fait des allers-retours sur Banjul, le camp du président Adama Barrow reste très prudent, essentiellement du fait que Yahya Jammeh est un personnage imprévisible.

Par ailleurs, selon plusieurs sources, la Cédéao et les Nations unies travaillent actuellement sur une déclaration commune qui devrait être rendue publique dans la journée de ce samedi. Par conséquent, Adama Barrow, par souci de protocole, pourrait bien attendre que ce texte soit diffusé pour ensuite éventuellement se prononcer.

Quant à son retour éventuel sur Banjul, aucune information ne filtre à ce sujet. Mais selon plusieurs sources dignes de foi, contactées par RFI, c’est la Cédéao qui se charge de l’amener en toute sécurité dans son pays.

■ La Cédéao, une force efficace dans la résolution de la crise gambienne ?

La Cédéao a beaucoup évolué ces dernières années. Si l’on reprend les précédentes opérations, notamment l’Ecomog qui avait été envoyé au Liberia, elle s’est dotée de mécanismes à la fois politiques et militaires.

Par ailleurs, rien n’aurait été possible dans la résolution de cette crise gambienne sans le volontarisme et l’activisme du Sénégal qui était réellement le pays en pointe et qui donnait le ton. Même si le président du Nigeria Muhammadu Buhari était médiateur officiel, les canaux passaient forcément par les diplomates sénégalais et par le président Macky Sall.

Un convoi militaire quittant la frontière avec la Gambie, près du village de Toubacouta au Sénégal, le 21 janvier 2017. © AFP/SEYLLOU

Des pressions militaires à la frontière nord de la Gambie

Pour ce qui concerne cette coalition militaire, tout est dans le nom de cette coalition : restaurer la paix. Et tant que cela ne se sera pas le cas, cette pression sera constante. Le dispositif en place depuis jeudi soir sera maintenu.

Ces militaires de la force africaine, environ 7 000 hommes, sont prêts à intervenir si Yahya Jammeh refuse de quitter le pouvoir, s’il ne respecte pas l’engagement qu’il a pris cette nuit.

Concrètement encore ce matin, la Gambie est prise en étau : des troupes terrestres entourent le pays, un navire nigérian est positionné au large, des avions également du Nigeria sont prêts à décoller de Dakar où se trouve d’ailleurs l’état-major de cette force.

 

 

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