Gambie: Yahya Jammeh en exil en Guinée équatoriale

Yahya Jammeh salue pour la dernière fois ses partisans avant de rentrer dans l'avion du président Alpha Condé, à l'aéroport de Banjul le 21 janvier 2017.
© STRINGER / AFP

Après avoir dirigé d'une main de fer son pays pendant 22 ans, Yahya Jammeh à quitté la Gambie ce samedi 21 janvier, à 21h19 précises. L'ex-président gambien s'est rendu en Guinée équatoriale, après une escale à Conakry.

L’image est forte : Yahya Jammeh en train de monter dans le jet privé d’Alpha Condé. L'ancien président se retourne et salue une dernière fois en levant son Coran la foule réunie autour de l’avion : ses sympathisants, des proches, des membres de son gouvernement, beaucoup de militaires, énormément de gens en pleurs, en larmes, des femmes, mais aussi des soldats censés sécuriser cette cérémonie de départ.

Une cérémonie très officielle, très solennelle, en présence d’Alpha Condé, avec la fanfare de la garde républicaine qui a joué l’hymne gambien sur le tarmac. La foule a été maintenue à l’écart quand Yahya Jammeh a commencé à avancer vers l’avion. Tout le monde a alors avancé avec lui, les militaires ont été débordés, et ont finalement laissé faire. La foule s’est rapprochée du jet privé, pour accompagner ce dernier départ de Yahya Jammeh.

L'ex-président a donc finalement quitté la Gambie, après un mois et demi de crise, de négociations et de tractations menées par la Cédéao, l’Union africaine et les Nations unies. Des tractations qui ont finalement servi et qui ont permis de garder le pays en paix.

A l'aéroport de Banjul pour le départ de Yahya Jammeh
22-01-2017 - Par Guillaume Thibault

Joie à Banjul

Le départ de Yahya Jammeh a été accueilli par des concerts de klaxons ce samedi soir, un peu plus d'une heure après le décollage de l'avion. Les Gambiens ont laissé éclater leur joie.

A Westfield, le lieu de rendez-vous des Gambiens pour les célébrations, le carrefour était noir de monde lorsqu'Adama Barrow avait remporté l'élection en décembre dernier. Il y avait un peu moins de monde ce soir, même si de nombreuses voitures circulaient à toute allure en klaxonnant.

La décision de l'ex-président gambien a largement été saluée et célébrée à Banjul. L'ambiance est aussi au soulagement. Les Gambiens retrouvent un peu ce qu'ils ont connu avec la victoire d'Adama Barrow, attendu désormais avec impatience par ses sympathisants.

Yahya Jammeh ne reviendra jamais. Nous n'avons plus besoin de lui. Tout le monde a dit "laissez-le partir". Regardez, même les soldats, tout le monde est heureux. Maintenant il est temps pour la Gambie d'être libre.
Dans les rues de Banjul
22-01-2017 - Par Guillaume Thibault

Direction Malabo

Le décollage de l'avion de Yahya Jammeh avait été précédé par le départ d'un appareil mauritanien qui, selon des sources proches de la présidence guinéenne, transportait des proches et des collaborateurs l'accompagnant dans son exil. Peu après 22 heures locales (TU), l’ancien président gambien et Alpha Condé ont débarqué à l’aéroport de Conakry, salués sans tambours ni trompettes par le Premier ministre Mamady Youla, entouré de quelques membres de son gouvernement.

Mais il ne s'agissait que d'une escale. L'ex-président gambien a ensuite embarqué dans un avion spécial affrété par la présidence équato-guinéenne, selon des sources concordantes, pour l'emmener en Guinée équatoriale, une destination d'exil confirmée par le président de la Commission de la Cédéao, Marcel Alain de Souza, lors d'une conférence de presse à Dakar.

Il était pourtant prévu que le président de la Guinée, Alpha Condé, l’accueille temporairement et une résidence cossue, hautement sécurisée, lui avait été aménagée à cet effet dans la banlieue de Conakry. De sources aéroportuaire et officielle, l'avion spécial a donc décollé à 23h50 en direction de Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale.

Pourquoi ce choix ? D’abord, parce que la Guinée équatoriale est suffisamment éloigné de la Gambie. Ensuite, parce qu’il n’a pas ratifié le traité de Rome et donc, l’ex-président ne prend pas donc pas le risque d’être poursuivi ou livré à la Cour pénale internationale (CPI).

« Eviter un bain de sang »

Dans un communiqué, le président guinéen Alpha Condé « s'est félicité de l'issue heureuse de la crise en Gambie, qui a permis par le dialogue d'éviter un bain de sang ».

Dans une déclaration commune publiée peu après le départ de l'ex-président, la Cédéao, l'Union africaine et l'ONU ont annoncé garantir les droits de Yahya Jammeh, y compris à revenir dans son pays, saluant sa « bonne volonté » pour parvenir à un dénouement pacifique de la crise.

Les trois organisations veilleront à le soustraire, avec les siens, aux tentatives de « harcèlement » et de « chasse aux sorcières ». Elles se portent également garantes des propriétés de l'ex-président, de sa famille, des membres de son régime ou de son parti, selon le texte.

Les défis qu'attendent Adama Barrow

Selon plusieurs sources, le président Adama Barrow, qui a été investi jeudi 19 janvier à Dakar, est pressé de rentrer à Banjul. Mais ce retour sera quelque peu différé. « Il faut d’abord sécuriser Banjul et l’ensemble du pays », indique Marcel Alain de Souza, le président de la commission de la Cédéao.

« Adama Barrow ne va pas loger tout de suite au Palais présidentiel », ironise ce diplomate. La Cédéao a prévu de déployer quelque 7000 soldats. Pour le moment, environ 4000 militaires sénégalais et nigérians sont sur le terrain. Cette opération, indique Marcel Alain de Souza, devrait permettre de saisir des armes et de dépolluer des zones minées.

Une fois rentré dans son pays, plusieurs tâches importantes attendent Adama Barrow. Il doit former son gouvernement, nommer un vice-président, remettre de l’ordre dans le pays et répondre aux nombreuses attentes des Gambiens. Dans un entretien accordé à la BBC, Adama Barrow annonce la suppression de l’agence nationale des renseignements. Et surtout, la mise en place d’une commission vérité et réconciliation, afin qu’il n’y ait pas de chasse aux sorcières contre les partisans du président déchu.

Le président Adama Barrow à Dakar, le 20 janvier 2017. © REUTERS/Sophia Shadid

A (RE)VOIR → [En images] Le départ en exil de Yahya Jammeh