Mission de la Cédéao en Gambie: «Plus possible de perdre les élections et de rester»

Yahya Jammeh à l'aéroport de Banjul en Gambie le 21 janvier 2017.
© REUTERS/Thierry Gouegnon

En Gambie, alors que la Cédeao est parvenue à faire en sorte que le président sortant accepte de quitter le pouvoir, quel signal cette médiation envoie-t-elle au reste du continent ? Pour Pape Ibrahima Kane, spécialiste sénégalais des organisations sous-régionales au sein de la fondation Open Society, cette médiation crée un précédent. Pour lui, « il n’est plus possible pour un président de la République de perdre des élections et de penser pouvoir rester » au pouvoir.

RFI : Avec cette médiation, quel est le signal envoyé à l’ensemble de l’Afrique ?

Ibrahima Kane : Ce n’est pas seulement un précédent concret, mais on a vraiment mis en place un standard. Et c’est à l’aune de ce standard maintenant qu’on essaiera d’évaluer les progrès démocratiques dans les différents pays de la Cédéao. Je pense que maintenant, il n’est plus possible pour un président de la République de perdre des élections et de penser pouvoir rester en jouant sur les nerfs des gens ou en essayant de manœuvrer pour rester parce qu’on a l’exemple gambien et il nous montre que si vous le faites, vous risquez de voir toute la communauté se lever et prête à même utiliser la force de l’armée pour vous déloger. Sincèrement, je pense que c’est un grand message qu’on a fait à tous les dirigeants, les dictateurs, ceux qui ne veulent pas que la volonté du peuple soit respectée.

Est-ce que le même type de médiation aurait-il été possible au Burundi ?

Imaginez, si ce que la Cédéao a fait en Gambie était possible au Burundi, on aurait évité énormément de morts, on aurait évité cette situation inextricable dans laquelle se trouve ce pays. Pour moi, la Cédéao, son intervention, les règles qu’elle a, dans le contexte actuel, sont vraiment les éléments idoines pour faire avancer la cause de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Quand en 1993, le protocole a été révisé, c’était également un moyen d’adapter ces règles aux réalités nouvelles. N’oubliez pas qu’on a eu au niveau de la région la crise au Liberia, la crise en Sierra Leone, au Burkina Faso. On a eu énormément de crises qui ont permis à la région, notamment d’affiner ses outils et d’affiner sa manière d’intervenir dans ces crises. Et c’est en cela que, aujourd’hui, les résultats obtenus au niveau de la Gambie sont vraiment intéressants.

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