Gambie: les premiers chantiers d’Adama Barrow

Le président Adama Barrow à Dakar, le 20 janvier 2017.
© REUTERS/Sophia Shadid

En Gambie, le nouveau président Adama Barrow attend le feu vert de la Cédéao pour rentrer à Banjul et prendre ses quartiers dans le palais présidentiel. Il vient de nommer Fatoumata Tambajang, figure de l’opposition comme vice-présidente et l’on devrait connaître d’ici peu la composition du gouvernement qui assurera la transition pour les trois prochaines années. Pour l’instant, le nouveau président s’est montré très discret, peu d’annonces ont été faites, mais les chantiers sont conséquents.

Les premiers défis du nouveau gouvernement seront économiques. Selon le conseiller principal d’Adama Barrow, plus de 11 millions d’euros auraient disparu des caisses de l’Etat au cours des deux dernières semaines. Alors, comment combler ce déficit ? Il y a deux mois, Adama Barrow dirigeait une agence immobilière. Il est désormais à la tête d’un pays où 60% de la population souffre de pauvreté.

« Aujourd’hui, notre économie est basée essentiellement sur l’endettement, souligne Halifa Sallah, porte-parole de la coalition qui a remporté l’élection présidentielle. Cela signifie que nous allons devoir faire entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. Ensuite, il faudra utiliser cet argent pour soutenir le secteur social et en premier lieu la santé et l’éducation. Mais nous avons un avantage, poursuit l’homme politique : nous allons mettre en place un système basé sur la responsabilité, la transparence, la bonne gouvernance et le respect des droits fondamentaux. Je pense que cela va encourager les investisseurs à revenir dans le pays. En rétablissant l’Etat de droit, conclut-il, nous espérons aussi renouer des partenariats avec l’Union européenne, les Etats-Unis et tous les acteurs de la coopération internationale ».

Adama barrow a également promis de la réformer la NIA, l’omniprésente et toute puissante agence nationale du renseignement, accusée d’avoir détenu, torturé et assassiné des centaines d’opposants. Aisha Dabo, journaliste gambienne en exil plaide pour une refonte totale des forces de défense et de sécurité : « Il faut que la police, les paramilitaires et l’armée comprennent que leur rôle est de protéger la population. Il faut en finir avec l’impunité. On parle d’arrestations de torture surtout de la part de la NIA beaucoup de gens sont morts là-bas. Il y avait les arrestations nocturnes, des dizaines de personnes ont disparu ça fait plus de dix ans et on ne sait toujours pas où elles sont ».

Enfin, Adama Barrow a annoncé la mise en place d’une commission vérité et réconciliation dont on ne connaît pas encore le fonctionnement ni la composition. C’est cependant une étape « essentielle », selon Fatou Jagne Senghor, directrice de l’ONG de défense des droits de l’homme, Article 19. Elle a passé des années à documenter les violations des droits de l’homme en Gambie, mais considère qu’il faut éviter la précipitation : « La vérité est à la base de la réconciliation surtout lorsque beaucoup d’injustices et d’atrocités ont été commises. Mais si le système est bâclé les uns et les autres ne vont jamais être apaisés et cela pourrait créer un sentiment de frustration et renforcer l’impunité qui elle-même risque d’encourager d’autres crimes ».

Les journalistes ont payé un lourd tribut au long de ces années de répression. Aujourd’hui, la presse reprend peu à peu du service et regarde d’un œil attentif ces grands chantiers de ce gouvernement de transition.

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