[Chronologie] Maroc-Afrique, trente-deux ans de brouille

Mohammed VI, le roi du Maroc accueilli par le président sénégalais, Macky Sall, à l'aéroport de Dakar, le 6 novembre 2016. Le Roi a effectué une cinquantaine de visites en Afrique subsaharienne depuis son accession au trône en 1999.
© SEYLLOU / AFP

Le 30 janvier, les chefs d’Etat africains réunis à Addis-Abeba pour le sommet annuel de l’Union africaine, pourraient voter pour la réintégration du Maroc au sein de sa famille institutionnelle que Rabat avait quittée il y a trente-deux ans. Retour en sept dates sur les étapes de l’histoire mouvementée entre le royaume chérifien et l’organisation panafricaine.

1963

Le Maroc fait partie des 32 Etats qui créent à Addis-Abeba l’Organisation de l’unité africaine (OUA), prédécesseur de l’Union africaine (née en 2002).

1984

Le Maroc claque la porte de l’OUA pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), invitée par l’exécutif panafricain à siéger en tant que membre de plein droit. Rabat  considère que cette ancienne colonie espagnole est partie intégrante de son territoire national. Elle mène une guerre impitoyable contre le Polisario, le mouvement armé qui revendique l’indépendance de la RASD. C’est le refus de cohabiter à la même tribune avec la délégation d’un « Etat fantoche » qu’elle combat sur le terrain, motive la décision du retrait de l’OUA par Hassan II. Ce divorce va pendant longtemps isoler le Maroc sur le continent africain. Il prive l’organisation panafricaine d’une cotisation d’environ 1,5 million de dollars par mois.

1991

Après des années de lutte armée opposant l’armée marocaine et le Front polisario, un cessez-le-feu est proclamé. Une mission de l’ONU (MINURSO) est déployée la même année afin de veiller au respect du cessez-le-feu. Les Nations unies préconisent l’organisation d’un référendum d’auto-détermination sur tout le territoire. Ce plan est bloqué par le Maroc qui propose aux Saharouis une large autonomie, mais sous sa souveraineté. Sur le plan diplomatique, Rabat dénonce notamment l’instrumentalisation du Polisario par son voisin algérien. Ses relations sont réduites au minimum avec tous les pays qui reconnaissent la RASD. Ceux-ci sont au nombre de dix-huit sur le continent africain et dix-neuf pays non-africains.

1999

Timide dégel sur la question sahraouie avec l’accession au trône chérifien de Mohammed VI, qui explore de nouvelles pistes diplomatiques pour briser l’isolement de son pays sur le continent africain. A l’origine de cette démarche, la prise de conscience par les autorités marocaines que la politique de la chaise vide à l’OUA a été nuisible pour leur pays. Le roi visite des pays qui reconnaissent la RASD, chose inimaginable sous son père. Son pays développe aussi une vaste politique africaine, renouant ses liens économiques avec ses alliés traditionnels de l’Afrique de l’ouest francophone, mais également avec les autres régions du continent. Cette politique s’intensifie après la crise économique de 2008 qui pousse Rabat à trouver des débouchés nouveaux en Afrique. Parallèlement, le Maroc est engagé depuis 2007 avec le Polisario dans un processus de négociations sous l’égide des Nations unies.

2011

Depuis 2011, on assiste à une véritable offensive diplomatique de Mohammed VI en Afrique subsaharienne. Depuis son arrivée au pouvoir, le souverain a effectué une cinquantaine de visites en Afrique dont 21 entre 2011 et 2016. Ces virées ont pour but de renforcer la présence économique marocaine, via l’implantation de filiales locales dans le secteur bancaire, immobilier ou encore des télécoms. Le royaume s’impose comme le deuxième investisseur du continent derrière l’Afrique du Sud. Selon la Banque africaine de développement, 85% des investissements marocains sont en Afrique. En contrepartie de cette politique du chéquier, le Maroc réclame et obtient le ralliement d’un grand nombre de pays africains à l’idée de son retour dans l’Union africaine. Les tournées du souverain se terminent par l’expression par les autorités des pays en question de leur soutien à la réintégration du Maroc dans l’organisation panafricaine. Macky Sall et Alassane Ouattara en Afrique occidentale, Paul Kagame du Rwanda et le Tchadien Idriss Déby mobilisent l’opinion en faveur de ce retour.

2016

17 juillet
« Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé.» C’est par ce message adressé au 27e sommet de l’UA à Kigali, en juillet, que le souverain marocain Mohammed VI rend publique l’intention du Maroc de réintégrer l’Union africaine. Ce message a impulsé en marge du sommet de l’UA, la présentation d’une motion signée par 28 Etats, promettant d’œuvrer pour que ce retour soit effectif dans les meilleurs délais. En conditionnant son retour d’une « déreconnaissance » de la RASD, ce message royal est également à l’origine d’une polémique qui oppose les pays qui soutiennent le Maroc aux trois mastodontes, à savoir le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Algérie, qui reconnaissent la RASD. Ce trio qui finance 60% du budget de l’UA, s’oppose à la suspension de la délégation sahraouie demandée pour les amis du Maroc.

23 septembre
Le Maroc demande officiellement son adhésion à l’UA. Ses diplomates remettent à cet effet une lettre d’intention à la présidente de la Commission de l’UA la Sud-Africaine Dlamini-Zuma. Selon l’Acte constitutif de l’UA, la Commission notifie les Etats-membres de la demande d’adhésion. L’admission est décidée ensuite à la majorité simple des Etats membres.

16 novembre
En marge de la COP22, le Maroc accueille à Marrakech un sommet des chefs d’Etat et de gouvernements africains déjà présents à Marrakech, pour faire aboutir sa demande d’adhésion et pour compter ses amis. Une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernements assistent à ce sommet, avec quelques absents éminents dont le président égyptien Abdelfattah Al-Sissi et le Premier ministre éthiopien Haïle Mariam Dessalegm. Les Marocains profitent de cette rencontre pour critiquer la présidente de la commission pour avoir tardé à faire parvenir la demande aux Etats membres.

2017

Au Maroc, le retour du pays dans l’UA est devenu une cause d’intérêt national et la priorité des priorités. En témoigne la rapidité avec laquelle les deux chambres du parlement marocain ont délibéré sur le sujet, avant de ratifier le 19 janvier le projet de loi inscrivant l’acte constitutif de l’UA dans la Constitution marocaine. La loi publiée dans le Bulletin officiel ouvre la voie au retour officiel du Maroc au sein de l’Union africaine, qui sera décidé par un vote des chefs d’Etat. Le scrutin est inscrit dans l’agenda du sommet des chefs d’Etat africains qui se tient à Addis Abeba, le 30 et le 31 janvier.
 

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