Madagascar: gérant d'une page Facebook, et donc responsable des commentaires?

Fifosana hanatsarana ny pipoles gasy, où la page Facebook qui voulait améliorer le comportement des célébrités malgaches grâce aux ragots.
© Capture d'écran

Un groupe Facebook, qui traite des « people » malagasy, est au centre d'une polémique depuis plusieurs jours sur la Grande Île. Les internautes malgaches y publient des photos de célébrités, d'artistes et de politiques essentiellement. Mais on y découvre beaucoup de commentaires sarcastiques, parfois insultants et haineux, qui ont poussé une poignée d'artistes et un député à porter plainte contre l'administrateur du groupe. Ce dernier est frappé par un mandat de dépôt.

C'est un groupe Facebook de plus de 75 000 membres. Sur « Fifosana hanatsarana ny pipoles gasy », qui pourrait se traduire par « ragots pour améliorer le comportement des célébrités malgaches », les blagues sont parfois potaches. Un internaute conseille à la chanteuse Dah Mama, qui a fait un tube sur la recherche du propriétaire d'une clé, d'écrire des chansons sur le riz ou les toilettes, par exemple.

Mais parfois, les internautes vont aussi beaucoup plus loin. Ainsi, le député Rossy a été traité de descendant d'esclaves. Joana Elite, ancien chef d'entreprise devenu député, a quant à lui reçu des insultes et des menaces de kidnapping, après la publication des photos de ses enfants et de sa fiancée. Et c'est ce qui a décidé l'homme politique à porter plainte contre l'administrateur du groupe.

Conscient de l'inefficacité de la fermeture de cette page - d'autres groupes similaires existant déjà -, le plaignant souhaite faire de cette affaire un exemple, dénoncer les incitations à la haine et l'atteinte à la vie privée. La question aujourd'hui, c'est de savoir s'il est responsable des messages publiés dans le groupe Facebook qu'il gère, comme c'est le cas d'un directeur de publication ou d'un rédacteur en chef de journal.

Vide juridique face au progrès

Placé en garde à vue mercredi, l'administrateur, Hiary Rapanoelina, est depuis samedi 4 février en détention. Les internautes ont publié de nombreux messages de soutien en sa faveur et demandent sa libération immédiate. L'affaire risque de faire jurisprudence, vu que c'est la première fois qu'un administrateur de forum est poursuivi pour diffamation, incitation à la haine ou encore atteinte à l'intégrité.

Lalatiana Rakotondrazafy, journaliste et leader du parti d'opposition Freedom, est connue pour ses prises de position en faveur de la liberté d'expression. Mais si elle considère la détention de l'administrateur disproportionnée, Lalatiana Rakotondrazafy souhaite que le cyber-harcèlement soit sanctionné d'amendes ou de dommages et intérêts. Elle a déclaré avoir été elle-même traitée de « prostituée » et de « voleuse ».

Le problème, c'est que le droit malgache n'est pas clair en la matière. Sur la Grande Île, les auteurs de diffamation, d'injure ou de menace risquent cinq ans de prison et 28 000 euros d'amende. Mais ni le code de communication, ni la loi sur la lutte contre la cybercriminalité ne précisent si l'administrateur est responsable ou complice des écrits publiés dans un forum de discussion.

Le problème de l'anonymat

Dans la description du groupe, publiée en octobre 2016, l'administrateur explique : « Ce groupe n'a pas pour but de nuire, mais peut aider les célébrités à améliorer leur comportement. Il s'agit d'une critique constructive. Les posts publiés sont sous la responsabilité de leurs auteurs. Ils doivent écrire sous leur véritable identité, avec une photo de profil identifiable, sous peine d'être retirés du groupe. »

Pour un blogueur ayant requis l'anonymat, la plainte devrait donc être dirigée contre les auteurs des propos incriminés, et non contre l'administrateur, qui ne peut pas « modérer les centaines de commentaires publiés par jour », dit-il. « Certains propos peuvent échapper à la vigilance des modérateurs. » Sauf que les cyber-harceleurs utilisent souvent des pseudonymes...

Face à ce cas d'école, un internaute s'interroge : « Que faire en cas de coupure de courant ou d'Internet ? On mettra en prison les administrateurs car ils auront mis trop de temps à supprimer un post haineux ou raciste ? »

→ À relire : La citoyenneté numérique se concrétise en Afrique (entretien)