Les parlementaires somaliens élisent le président

Un policier somalien monte la garde à un point de contrôle à la veille de l'élection présidentielle le 7 février 2017, dans la capitale Mogadiscio.
© REUTERS/Feisal Omar

Députés et sénateurs somaliens élisent le président de ce pays miné par les attaques des islamistes shebab et menacé par la famine, au terme d'un processus électoral entaché de nombreuses accusations de corruption et de trucage.

C'est une élection pas comme les autres qui se déroule ce mercredi 8 février en Somalie. 275 députés et 54 sénateurs doivent choisir le nouveau président parmi vingt-trois candidats en lice. Un suffrage indirect, car il est encore impossible d'organiser un suffrage universel en Somalie. Le pays sort de vingt ans de guerre civile et les jihadistes shebabs continuent d'attaquer les grandes villes. La peur d'un attentat est si grande que les parlementaires n’osent pas se réunir dans leur bâtiment habituel. Ils vont siéger toute la journée à l'aéroport de Mogadiscio pour voter. C'est le seul endroit totalement sécurisé de la ville. Une ville sous haute surveillance depuis 24 heures, comme en témoigne le député somalien Mohamed Abdi Gandhi. « Le niveau de sécurité est très élevé. Les transports publics ont été arrêtés (depuis 24 heures, NDLR). Il n’y a plus, sur les routes, que des véhicules officiels. Les autorités ne veulent pas que les terroristes puissent s’infiltrer et faire quelque chose. »

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Les conditions sécuritaires, mais aussi politiques ont donc défini le mode de scrutin. Les sénateurs viennent d’être désignés par les provinces et les députés ont été élus en décembre dernier par un collège de grands électeurs. Un progrès par rapport à 2012, selon l’analyste Matt Bryden, directeur du groupe de réflexion Sahan Research : « En 2012, par exemple, on avait un Parlement sélectionné par 135 "anciens" des tribus et des clans somaliens. Cette fois-ci, le Parlement a été choisi par près de 14 000 membres d’un collège électoral. Ce n’est pas encore une élection au suffrage universel, mais c’est quand même un progrès par rapport à 2012. »

Corruption endémique

La Somalie revient de loin. La guerre civile n'est pas encore totalement éteinte. La réunification du pays est fragile et les institutions tiennent debout depuis cinq ans à peine. Ce pays en transition traîne encore des handicaps. Ainsi, durant la courte campagne présidentielle, les observateurs ont dénoncé la corruption endémique. Achats de vote et intimidations. Le député Mohamed Abdi Gandhi en témoigne : « Cette idée de corruption en tant que telle existe bel et bien. Il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup d’argent et qui cherchent à essayer d’acheter des voix. Mais il y a un comité nouvellement créé qui surveille ceux qui cherchent à acheter les voix. Et si l’on ne peut pas totalement éviter la corruption, on ne va pas pour autant s’arrêter. Il faut continuer pour essayer de passer ce cap. » La corruption endémique ne doit pas remettre en cause la légitimité du nouveau président, note Matt Bryden, sinon le processus politique n’aurait plus aucun sens. Il souligne que « dans les conditions qui sont celles de la Somalie, ce processus imparfait est ce que l’on peut espérer de mieux. »

La légitimité des clans

Sur les vingt-trois candidats en lice, trois ont la faveur des pronostics : l'actuel président Hassan Cheikh Mohamoud, son Premier ministre Omar Abdirashid Sharmarke et l'ancien président Cheikh Charif Cheikh Ahmed. L’homme qui a créé les tribunaux islamiques avant de chasser de Mogadiscio les chefs de guerre en 2006. Il fut une première fois président de 2009 à 2012.

Mais en l’absence de partis politiques, le vote se joue à la fois sur des considérations claniques, sur les réseaux dont disposent les candidats ainsi que sur le poids des provinces. L’architecture politique repose en effet sur une répartition du pouvoir entre les clans. C’est la base du fonctionnement de la Chambre basse du Parlement. Le Sénat, lui, représente les provinces. Ce qui renforce le caractère unitaire du vote et donc la légitimité du Parlement. Un jeu d’autant plus difficile à décrypter que les arbitrages sont fluctuants au sein de ces différents groupes, selon Matt Bryden : « Il faut dire que les clans ne votent jamais en bloc. Il y aura toujours une majorité et une minorité dans chaque clan. Et c’est là où les réseaux politiques des candidats peuvent jouer ». Un système hybride, imparfait, mais qui garantit donc un minimum de représentativité nationale au futur président.

C'est important, car les défis qui l’attendent sont énormes. Outre le rétablissement de la sécurité, il devra gérer la crise alimentaire qui se profile. Six millions des dix millions de Somaliens sont en insécurité alimentaire, estime l'ONU, en raison de la sécheresse qui sévit au nord du pays.