Tracka, l'application de lutte contre la corruption au Nigeria

La plateforme Tracka a pour vocation de rendre accessible aux Nigerianes et Nigerians l'information sur les dépenses publiques.
© Tracka Facebook

Le Nigeria est en proie depuis plusieurs décennies à une corruption endémique. La deuxième puissance économique africaine truste les mauvaises places dans les classements en termes de transparence dans la gestion des ressources publiques. BudgIT, une organisation basée à Lagos, pourchasse les mauvaises pratiques. Depuis trois ans, cette jeune entreprise développe un outil collaboratif en ligne, Tracka, qui a pour vocation de rendre accessible à tous l'information sur les dépenses publiques, et de permettre la chasse aux projets financés et pourtant abandonnés.

Tracka s'appuie sur une base de donnée évolutive. Des projets portés, soit par le gouvernement fédéral, ou bien par les 36 Etats que compte le Nigeria mais aussi la capitale fédérale Abuja y sont compilés. Ces projets vont de la construction de route, à celles d'établissements scolaires en passant par les raccordements de canalisations d'eau ou bien l'installation de panneaux solaires. On y trouve aussi des actions visant à équiper des publics ciblés, comme par exemple l'achat de moulin à moudre des céréales pour des groupes de femmes. Le plus souvent ce sont des projets de proximité financés par la ou bien les Etats confédérés dont les médias nationaux et locaux parlent peu, préférant se focaliser sur des grands chantiers.

Donner aux citoyens la possibilité d'agir

L'interface est très simple et accessible. Chaque projet recensé sur Tracka.ng est localisé sur une carte. Le budget prévu et voté pour chaque action est indiqué. Ainsi que le pourcentage d'exécution réel de ce budget. Enfin une mention indique si le projet est commencé ou non. Et c'est à partir de toutes ces informations que tout citoyen vivant dans les localités où ces différents projets doivent être implantés peut donc poster un commentaire, une photo ou une vidéo. Plusieurs personnes peuvent réagir sur le même projet. L'objectif est de mesurer concrètement si le projet est fictif ou non.

Abiola Sosami, une des responsables du développement de Tracka, insiste sur l'importance de l'interactivité : «Les gens ayant une connexion peuvent réellement donner leur propre avis. Témoigner sur ce qui se passe dans leur communauté. Et même en zone rurale pas couverte par internet, on peut envoyer des SMS pour réagir aussi. Nous avons fait en sorte de créer une plateforme numérique où quelque soit l'endroit où on réside, la possibilité est donner à toutes et à tous de suivre et de contrôler des projets dans leur proximité. Nous, à BudgIT, on essaie d'impliquer les citoyens nigerians. On veut leur faire comprendre qu'ils ont un pouvoir à exercer. Ils ont voix au chapitre, donc leur montrer comment s'exprimer et réclamer une transparence et une gestion des fonds publics ».

Une mission d'intérêt public

Selon l'équipe de BudgIT, les retours des autorités fédérales et locales sont positifs. Cette entreprise spécialisée dans le traitement des données liées aux finances publiques est en effet sollicitée régulièrement par le Sénat, la Chambre des représentants mais aussi par certains Etats. Le travail de BudgIT leurs semble utile.
Les projets communautaires suivis sur Tracka.ng pèsent plus de 35 millions d'euros  dans le budget du Nigeria. Et selon Oluseun Onigbide, un de co fondateurs de BudgIT, seulement 20% de ces actions sont effectivement réalisées.