Les déplacements forcés, à l'origine de nombreux conflits fonciers en Afrique

Villageoises revenant du marché au nord du Cameroun.
© Getty/Yvan Travert

Près de deux tiers des conflits entre les communautés rurales et les entreprises qui s’implantent en Afrique sont dus essentiellement à des déplacements forcés. C’est ce qui ressort d’un rapport publié, jeudi 9 février, à Dakar par le cabinet de consultants TMP Systems ainsi que par l’ONG Rights and Ressources Initiative. L'étude a porté sur 400 cas dans huit pays. Ses auteurs ont aussi parlé de disparités à travers le continent.

Le constat est sans surprise, mais il a la vertu de montrer l’ampleur du phénomène. Les déplacements forcés représentent 63% des conflits fonciers analysés ; c’est loin devant les litiges sur les indemnisations, avec 19% des cas. Selon Andy White, le coordinateur de l’ONG Rights and Ressources Initiative, les pays africains garantissent moins les droits des citoyens au niveau de l’accès à la terre qu’en Amérique latine et en Asie.

« Croyance erronée »

Il a souligné néanmoins qu’il y a des améliorations, en citant des initiatives en cours au Cameroun, au Kenya, au Liberia, au Mali ou encore au Sénégal. Rights and Ressources Initiative veut croire que les villageois sont parfois chassés de leurs terres à cause de « la croyance erronée selon laquelle l’Afrique est un continent de territoires vides et disponibles, ouverts aux projets de développement. »

Disparités importantes

Le rapport montre aussi d’importantes disparités de ce phénomène entre l’Afrique de l’Est, où il représente seulement 27% des cas de conflits entre les communautés rurales et les multinationales, l’Afrique de l’Ouest avec 30% de cas et l’Afrique australe avec un record de 73%. L’étude relève que la situation n'est pas pire en Afrique subsaharienne qu'ailleurs. Le taux de violence qu'elle y a relevé dans ces conflits est de 44%, alors que la moyenne mondiale est de 47%.