Gambie: les téléphones portables symboles d’une liberté retrouvée

Le marché de Serrekunda à Banjul, Gambie.
© RFI/Guillaume Thibault

La Gambie se prépare à une journée importante ce samedi : la fête de l'indépendance sera l'occasion de célébrer, en présence de nombreux chefs d'Etat de la sous-région, le président Adama Barrow qui avait dû organiser son investiture au Sénégal en janvier dernier. La nouvelle Gambie qu'il souhaite mettre en place passera par une démocratie réelle et des droits respectés, notamment la liberté d'expression. Une liberté d'expression qui passe aussi par les téléphones portables.

Le marché de Serrekunda est le paradis du commerce de mobiles. A peine arrivé, neuf ou d'occasion, ceux proposés par Malick sont vendus. Le départ de Jammeh a complètement relancé son affaire : « Maintenant, tout le monde est libre, c'est pourquoi le business se porte très bien. Vous pouvez utiliser internet sans VPN et ça, c'est très bon pour le business ».

Durant l'ère Jammeh, il fallait en effet un VPN, un logiciel, souvent payant, qui permet de faire sauter les interdictions. Dans la boutique d'à côté, Lamine est néanmoins furieux, car si l'internet est plus libre, le courant se fait rare : « En ce moment, il n'y a pas d'électricité. Et sans lumière, pas d'argent. Surtout pour moi, car mon boulot c'est de télécharger et ça marche avec l'électricité. Quand tu appelles au développement, la première chose à gérer c'est la lumière ».

Electricité ou non, Aliou bave devant le dernier modèle de smartphone. Prêt à lâcher la moitié de son salaire pour s'offrir une part de liberté : « C'est une part de moi, c'est très important dans la vie. Désormais, j'utilise internet, Whatsapp, Viber pour communiquer avec mes amis partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Europe. Donc pour moi, c'est vraiment important ».

L'ouverture d'internet, véritable vecteur de développement, n'est néanmoins pas complète. Le problème n'est pas seulement gambien, mais ouest-africain et il passe par une véritable baisse des prix de communications.

Dans cette petite histoire de la liberté d'expression numérique, les grands gagnants ce sont les opérateurs.

Difficile d'avoir une main sur la kora, un téléphone dans l'autre. Mais Jaliba Kuyateh n'a pas le choix, le koraiste est en permanence consulté sur les questions politiques. En décembre dernier, après avoir composé une chanson hommage au président Barrow, il a dû fuir le pays. Son nouveau titre appelle à la réconciliation nationale.
Veille d'indépendance avec les musiciens en Gambie
17-02-2017 - Par Guillaume Thibault