Fespaco: «Fre», la violence applaudie dans la salle

Kinfe Banbu, le réalisateur éthiopien de «Fre», en lice pour l’Etalon d’or de Yennenga au Fespaco 2017, au Burkina Faso.
© RFI / Siegfried Forster

Le réalisateur éthiopien Kinfe Banbu a reçu la première standing ovation du festival de cinéma panafricain Fespaco. Fre raconte l’histoire d’une jeune fille de 15 ans violée sauvagement par un groupe de jeunes. Le père de la victime décide alors de faire justice lui-même. Au-delà du propos radicalement politiquement incorrect et immoral, ce film éthiopien critique une société sans valeurs et un État sans réelle volonté de faire justice et d’assurer le bien-être de ses citoyens. Entretien avec le réalisateur de Fre.

RFI : Fre est un film très violent pour lequel vous avez reçu des applaudissements enthousiastes d’un public debout dans la salle. Êtes-vous surpris par les réactions des spectateurs ?

Kinfe Banbu : Non. Il y a plein de problèmes dans notre pays. En Ethiopie, on entend tout le temps parler de viols collectifs dans les médias. C’est la raison pour laquelle je voulais faire ce film. Il y a une situation très difficile dans notre pays et il n’existe pas de lois justes.

Quand les spectateurs dans la salle applaudissent le père massacrant les violeurs de sa fille de 15 ans, cela donne l’impression que les gens ne croient plus à la justice de l’État.

Je pense que les spectateurs sont un peu comme le film. On sent qu’ils ont beaucoup aimé le film. Dans mon pays, c’était la même chose.

C’est l’histoire de Fre, une jeune fille de 15 ans, très heureuse, toujours souriante. Et cette personne « incapable de haïr quelqu’un », selon le père, sera violée. Quelle est pour vous l’histoire de Fre.

Un terrible fait divers sur un viol collectif contre une jeune fille m’avait donné l’idée de faire ce film. J’étais très choqué par cette histoire et puis je commençais à écrire et à tourner ce film. C’est surtout une histoire africaine et particulièrement éthiopienne.

En 2015, pour la première fois, un film éthiopien se trouvait en sélection officielle au Festival de Cannes, Lamb, de Yared Zeleke. En 2009, Teza, de l’Éthiopien Haile Gerima, avait décroché l’Étalon d’or au Fespaco. Quelle est aujourd’hui la situation pour un cinéaste en Ethiopie ?

C’est bon, même s’il est très difficile de faire un film dans notre pays, parce qu’on n’a pas les moyens de production, que le gouvernement ne nous soutient pas, qu’il n’y a pas d’école de cinéma. Mais chacun apprend chez l’autre. Sinon on lit des livres ou l’on cherche sur Google. Il y a plein de problèmes, mais cela nous inspire pour faire des films.

Etre ici, au Fespaco, qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

C’est formidable, grandiose.

L’affiche de «Fre», film du réalisateur éthiopien Kinfe Banbu. © Fespaco

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