Sénégal: le maire de Dakar inculpé et écroué pour détournement de fonds

Khalifa Sall, (au centre), entouré par ses avocats, à la sortie du tribunal, le 6 mars 2017.
© RFI/Guillaume Thibault

Accusé notamment de détournement de fonds publics, le maire de Dakar, Khalifa Sall, a été inculpé mardi soir 7 mars et placé sous mandat de dépôt. Ses avocats dénoncent une manœuvre politique.

Khalifa Sall a dormi en prison la nuit dernière. C'est en catimini, par une porte dérobée du tribunal qu'il a rejoint la toute proche prison de Rebeuss. Le maire de Dakar, soupçonné de détournements de deniers publics et d’escroquerie portant sur des deniers publics, a été inculpé mardi soir et écroué à la suite de son audition par la justice. Les faits se seraient déroulés entre 2011 et 2015. Selon la justice, 2,7 millions d’euros issus d’un fonds de l’Etat alloué à la mairie n’auraient pas été justifiés.

Devant le palais de justice de Dakar, l'un de ses avocats, Clédor Ly, a indiqué que les sommes d'argent non déclarées servaient à aider les plus démunis. « On a parlé pendant plus de deux heures parce qu'il fallait que le juge entende la vérité. Tous ces invalides, tous ces impotents, c'est tous ceux qui bénéficiaient de l'aide de la mairie. Ce qui a été fait, ce n'est pas seulement contre Khalifa Sall, mais c'est contre toute cette population qu'il était censé aider », a-t-il affirmé.

« Instrumentalisation de la justice »

Clédor Ly a également répété l'argument de Khalifa Sall et de ses proches. Tous estiment que la justice est aux ordres et que le maire de Dakar fait face à un complot destiné à casser sa carrière.

Il s'agit en vérité d'empêcher un opposant politique de briguer le suffrage des Sénégalais et il fallait coûte que coûte arrêter ses ambitions ou en tout cas le contraindre pour le mettre dans une situation où il ne pourra pas atteindre son objectif.

Clédor Ly
08-03-2017 - Par Guillaume Thibault

Celui qui dirige la mairie de Dakar depuis 2009 est en effet considéré comme candidat potentiel à la présidentielle. Depuis le début de cette affaire, il dénonce une cabale de la majorité présidentielle.

Khalifa Sall risque 5 à 10 ans de prison

Juridiquement, les faits reprochés sont graves : les détournements de deniers publics, le blanchiment de capitaux, l’association de malfaiteurs sont des actes répréhensibles de peine de 5 à 10 ans de prison ferme. Le juge va désormais instruire le dossier, mener des interrogatoires, entendre peut-être de nouveaux témoins, confronter les co-inculpés avant un éventuel procès. En cas de condamnation, un appel sera possible ainsi qu’un dernier recours devant la Cour de cassation.

Mais s’il est inculpé – l’équivalent d’une mise en examen en droit français, Khalifa Sall reste présumé innocent. Il n’a donc perdu aucun de ses droits, notamment celui de faire de la politique, d’être éventuellement candidat aux élections législatives de juillet prochain. Cette affaire judiciaire a d’ailleurs resserré les liens entre les grands partis d’opposition et l’idée d’une grande coalition se précise.


Réactions dans la rue

Certains annonçaient des troubles, un coup de colère des sympathisants de Khalifa Sall, mais il ne s’est rien passé. La capitale était calme ce mercredi matin. Le dispositif policier a été en grande partie levé.

Et les avis divergent sur cette situation hors du commun. C’est la première fois dans l’histoire que le maire de la capitale du Sénégal se retrouve en prison. « Situation inquiétante », « bataille politique », « laissons la justice faire son travail »... Voilà quelques réactions récoltées en fin de matinée.

Les avis divergent. Je ne sais pas ce qui s'est réellement passé. Si c'est une question de règlement de compte ou des problèmes politiques, je ne saurais vous le dire. Mais une fois que la justice est saisie, il faut que l'affaire aille jusqu'au bout.

Réactions dans la rue à Dakar après l'inculpation de Khalifa Sall
08-03-2017 - Par Guillaume Thibault

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