Vers une nouvelle guerre de pouvoir en Libye?

Deux champs pétroliers sont, depuis le 4 mars, aux mains des brigades de défense de Benghazi et d'autres milices islamistes (Photo : le complexe pétrolier de Ras Lanouf).
© REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

En Libye, la reprise surprise par des milices islamistes extrémistes de deux champs pétroliers à l’est du pays a fait avorter tous les efforts conduits par les pays voisins de la Libye pour réunir le Premier ministre de Tripoli Fayez el-Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar. En l'absence de dialogue les tambours de guerre se font à nouveau entendre.

Si l'on en croit un haut responsable des forces de l'est libyen dirigées par le maréchal Khalifa Haftar, les préparations sont terminées. Des forces continuent à arriver dans le croissant pétrolier avant de livrer bataille. Deux champs pétroliers sur les quatre qui constituent le croissant pétrolier sont, depuis le 4 mars, aux mains des brigades de défense de Benghazi et d'autres milices islamistes.

Une nouvelle guerre pour le pouvoir en Libye s'est engagée. Les milices islamistes quant à elles, ont annoncé dans une conférence de presse tenue à Misrata qu'elles continueront leur marche jusqu'à libérer Benghazi. A l'ouest de cette ville, une guerre les oppose aux forces de Haftar depuis plus de deux ans et demi. Ces brigades disent pouvoir disposer de 4 000 officiers.

Plusieurs experts considèrent qu'il est difficile pour Haftar de déloger les islamistes des champs pétroliers après avoir perdu cette bataille, mais le terrain libyen est visqueux: ce qui est impossible aujourd'hui peut être possible demain et vice-versa.

Alliances d'intérêts à vitesse variante

Ces derniers mois, l'attitude jugée comme « dictatoriale » par les alliés intérieurs du maréchal, avait éloigné de lui des soutiens importants : les tribus de l'Est qui l'ont soutenu en septembre dernier pour prendre les champs pétroliers, sans verser une goutte de sang, les partisans de l'ancien régime, les combattants soudanais de Justice et égalité, mais aussi la société civile libyenne après sa décision d'interdire de quitter le territoire aux hommes et femmes de moins de 45 ans.

Haftar se retrouve donc affaibli. A l'étranger, il avait embarrassé son allié, l'Egypte, en annulant à la dernière minute une rencontre prévue, le mois dernier, entre lui et le Premier ministre du gouvernement de Tripoli Fayez el-Sarraj. En s'unissant avec les salafistes de tendance saoudiens, il avait aussi irrité l'Egypte.

Haftar : une position affaiblie

L'homme fort de l'est libyen, qui a su jongler entre des alliances difficiles, a perdu plusieurs de ses appuis. Il est aujourd'hui fragilisé et c'est une manière pour ses alliés de « le raisonner », estime un spécialiste. Et comme sur la carte de la Libye, le maître est celui qui possède les champs pétroliers, la nouvelle distribution des rôles entre les différents protagonistes libyens passera par le terrain, au détriment d'une solution politique.

La défaite de Haftar le 4 mars a changé la donne en Libye. Il a perdu la guerre du pétrole. Désormais, chaque parti cherchera la victoire avant d'aller à nouveau à la table du dialogue national.