Mali: à la rencontre d’Amadou Haya Sanogo

Amadou Sanogo, ici le 30 novembre 2016.
© AFP

Amadou Haya Sanogo, le chef de l'ex-junte militaire malienne (2012-2013) a été arrêté il y a trois ans et inculpé pour « assassinat et complicité d'assassinat » à la suite de la découverte en 2013 d'un charnier contenant les corps et restes d'une vingtaine de militaires « bérets rouges ». Son procès s'était ouvert fin novembre dernier avant d'être reporté pour complément d'enquête. Pour la première fois depuis trois ans, il reçoit un journaliste sur son lieu de détention à Sélingué, localité située à 120 km au sud du Mali.

Deux bonnes heures de route, pour se rentre à Sélingué. Dans la ville, un ruban de bitume. Et subitement à gauche, on aperçoit un vaste bâtiment avec des miradors, c'est le lieu de détention du chef de l'ex-junte qui est plutôt en résidence surveillée.

Le général Amadou Sanogo apparaît. Il est de blanc vêtu, dans sa main un chapelet qui ne le quitte jamais. Il nous conduit dans un salon, plutôt modeste où il reçoit ses nombreux visiteurs. Il a droit aux journaux. Un poste téléviseur et une natte de prière sont visibles dans ce salon.

« C'est grâce à Dieu que je garde le moral », dit-il d'entrée de jeu. Assis, on constate qu'il a un peu maigri. Souvenirs ? Il ne veut pas remuer le couteau dans la plaie. L'urgent pour lui est de dire sa vérité. « Je suis pressé de parler au prochain procès », dit-il. Il affirme que dans l'affaire des militaires bérets rouges retrouvés mort dans un charnier en 2013, il est innocent : « Je ne me reproche rien », martèle-t-il, pressé que la vérité éclate. Il rappelle qu'il a été lui-même victime d'une tentative de putsch quand il était au pouvoir. Il connaît les véritables commanditaires de l'opération.

Amadou Sanogo a l'air vif quand il parle. Il laisse clairement entendre qu'il a des dossiers, de quoi faire trembler certains acteurs politiques maliens, notamment les visiteurs du soir quand il était aux affaires. Mais il tient à rassurer : « J'ai beaucoup de respect pour le président malien IBK ». A la fin de l'entretien, il nous raccompagne. Un de ses trois gardes se met au garde-à-vous.