Meurtre de l’opposant Solo Sandeng en Gambie: 9 suspects sur le banc des accusés

Manifestation à Banjul, le 16 avril 2016, pour protester après la mort de Solo Sandeng.
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En Gambie, le procès d’anciens membres des services secrets de Yahya Jammeh devrait s’ouvrir ce lundi 20 mars. Parmi les accusés, Yankuba Badjie, l’ancien chef de la National Intelligence Agency (NIA), un nom qui a fait trembler les Gambiens pendant les 20 dernières années. Un procès déjà reporté deux fois pour laisser plus de temps à l’accusation de produire des preuves. Les neuf suspects sont poursuivis par l’Etat gambien pour le meurtre de Solo Sandeng, un opposant politique mort en détention en avril 2016. Cet ancien responsable de l’UDP, le Parti démocrate unifié, le principal parti d’opposition sous Jammeh, avait été arrêté lors d’une manifestation pour réclamer des réformes politiques. Son corps a été exhumé au début du mois. Pour sa fille, Fatima, cela ne fait aucun doute : son père est mort après avoir été torturé. Et elle espère beaucoup de ce procès.

Cela fait un an qu’elle attend ce moment. Un an que Fatima Sandeng ne vit que pour rendre justice à son père. Et voilà que l’arrivée inespérée d’Adama Barrow au pouvoir rend possible ce procès historique. Alors forcément, l’émotion est forte quand elle croise pour la première fois les accusés. « J’étais tellement en colère, confie-t-elle. Je voulais pouvoir les étrangler à leur tour mais on doit laisser la justice faire son travail. Je ne veux pas me rendre justice moi-même. Mais c’est tellement difficile d’être face à ces personnes. »

Jusqu’à ce que son père soit arrêté, Fatima avait une vie plutôt normale pour une jeune gambienne. Elle travaillait dans une banque et montait parfois sur scène, pour chanter. Mais à 22 ans, après les menaces et l’exil, sa vie a basculé : « Je ne pensais pas devenir une activiste mais ça a changé ma vie. Ça m’a forcé à avoir un regard plus mature. Il y a des fois où je pense à mon père, il y a des fois où je pleure, je vois des images de lui dans ma tête. C’est très dur, c’est traumatisant. Mais ensuite, je dois me relever, et tenir bon, parce que je ne veux pas que ces gens soient libérés ».

Ce procès la dépasse, Fatima le sait. C’est un procès pour tous les Gambiens qui ont connu la terreur des services secrets de Yahya Jammeh. « Beaucoup de gens ici ont connu la torture, et ça s’est passé à la NIA. Ces gens qui sont jugés aujourd’hui, c’est une victoire pour la Gambie, c’est une leçon pour la Gambie et pour le reste du monde. »

Après le procès, Fatima espère continuer ses études dans le domaine des droits de l’homme. Un choix qui n’aurait sans doute pas déplu à son père.