Un Français d'une société minière enlevé au Tchad

Un Français a été enlevé au Tchad vraisemblablement dans la zone d'Abéché.
© Marie-Pierre Olphand/RFI

Un Français a été enlevé au Tchad. Ce ressortissant se trouvait, avant son rapt, dans l’est du pays, près de la frontière soudanaise. Il travaillait pour une société minière et était en prospection. Le ministère français des Affaires étrangères, qui a confirmé l'enlèvement, a déclaré que «la France n'abandonne jamais ses ressortissants et que tout serait fait pour que cette personne soit libérée».

L'alerte qui est parvenue à RFI via une source militaire ne mentionnait que la nationalité de la personne enlevée, un Français, ainsi que la zone : l'est du Tchad.

Tôt jeudi matin, des hommes à moto, ont débarqué dans le village de Doroti, localité située à une cinquantaine de kilomètres de Goz Beïda, à quelque 200 kilomètres au sud d’Abéché, dans la région du Sila, où opèrent l'entreprise minière française. Ils foncent sur le ressortissant français qu'ils embarquent sur leur moto et disparaissent avec lui dans la brousse.

Aussitôt alertées, les forces de l’ordre se mettent à leur poursuite. Ils ont ensuite été rejoints par des renforts venus du chef-lieu Goz Beïda.

Recherches en cours

Selon les informations de RFI, la victime travaillait dans une opération de prospection minière dans cette région proche du Soudan, une région plutôt calme depuis plusieurs années où des organisations humanitaires abritent les réfugiés du Darfour.

Les ravisseurs l’ont-ils emmené vers le Soudan ou se cachent-ils dans la brousse de cette région de savanes et de montagnes ? Ce sont les questions auxquelles tentent de répondre en ce moment les services tchadiens et français qui coopèrent sur le dossier.

Jeudi soir, les recherches étaient toujours en cours. Aucune piste encore sur les raisons de cet enlèvement et sur ses auteurs. Selon le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, les opérations sont lancés dans toute la région. Le gouvernement assure l'opinion que toutes les dispositions sont prises pour assurer la sécurité des ressortissants étrangers et tchadiens.

En 2009, il y avait déjà eu un enlèvement dans l’est du pays. Il s’agissait d’un travailleur humanitaire et l'homme avait été relâché par la suite. Mais depuis, aucun enlèvement n’avait été signalé dans cette zone où circulent des groupes armés qui vont faire le coup de feu au Soudan, en RCA et au Tchad. On est en revanche très loin des bases traditionnelles des groupes jihadistes qui sont actifs dans le Sahel.

La population sous le « choc »

Mahamat Adam Minawi, président de l'Association des jeunes élèves ressortissants de la région du Sila, se dit très surpris et choqué. « Je suis né là-bas, j'ai grandi là-bas et je n'ai jamais entendu des choses comme ça. Nous avons traversé des moments de guerre, d'insécurité dans les années 2005 jusqu'à 2008, c'était terrible. Mais l'enlèvement d'un étranger, je n'ai jamais entendu ça dans ma région », assure-t-il. Quand à l'identité des ravisseurs, « tout est possible, note-t-il. Au Darfour, il y a beaucoup de gens armés : il y a des malfrats, il y a des rebelles, il y a le conflit ethnique. »

Tout le monde parle de ça depuis ce matin. Le monsieur il est enlevé pourquoi ? On ne sait pas. Qui l'a enlevé, on ne sait pas ?

Moctar
23-03-2017 - Par Carine Frenk


Le Dar Sila, entre pauvreté et ruée vers l'or

La région où l'enlèvement a eu lieu est en tout cas une région située à la frontière du Darfour, dans laquelle la découverte d'or il y a quelques années a éveillé les appétits, et dans un contexte de pauvreté des populations.

Dans son dernier rapport sur le Dar Sila, le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l'ONU présente l'image d'une région fragile. Selon les humanitaires, l'insécurité alimentaire y est «chronique et préoccupante». Elle touchait l'année dernière près du tiers de la population. La couverture en eau potable y reste faible, le système éducatif et sanitaire manque d'infrastructures et de personnel qualifié.

C'est dans ce contexte que la région s'est laissée saisir ces dernières années par la fièvre de l'or. Un mouvement transfrontalier qui a dans un premier temps amené au Dar Sila des orpailleurs venus de l'autre côté de la frontière, du Jebel Amir, dans le Darfour.

Les allées et venues entre Darfour et Dar Sila ne concernent cependant pas que les orpailleurs. Selon le chercheur Jérôme Tubiana, qui est spécialiste de la région, de jeunes tchadiens originaires de la région ont passé la frontière dans l'autre sens, en direction du Soudan. Ils y ont été recrutés ces dernières années pour servir sous les couleurs des Forces de soutien rapides, la milice pro-gouvernementale qui a pris la succession des janjawids. Les séjours de ces jeunes miliciens armés au pays sont appréhendés par la population locale qui y voit un facteur d'insécurité.

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