Restitution de biens culturels au Bénin: le Cran monte au créneau

Une oeuvre d'art béninoise datant du XVe ou XVIe siècle exposé au musée du Quai Branly à Paris.
© OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a écrit une lettre à François Hollande pour qu'il accepte la restitution au Bénin des œuvres pillées durant la colonisation. Et notamment les objets et mobiliers royaux emportés par le général Alfred Dodds qui a conquis le Dahomey à la fin du XIXe siècle. Le Bénin a officiellement demandé cette restitution, et c'est le premier pays africain à l'avoir fait. Mais le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, s'y est opposé au nom de la loi qui protège les œuvres des musées français, tout en laissant la porte ouverte à la discussion. Mais le Cran affirme que de solutions existent déjà. Il suffit d'avoir la volonté de les appliquer.

Pour le Cran, le seul argument juridique ne tient pas. Affirmer que les biens des musées français sont inaliénables au nom de la protection du patrimoine ne suffit pas à fermer la porte aux autorités béninoises.

Louis-Georges Tin, le président du Cran, rappelle qu'il existe des mécanismes pour restituer les œuvres au cas par cas, et ce, sans contrevenir à la loi.

« Ils oublient qu’il existe en France une Commission nationale scientifique des collections, dont le but exact est d’examiner l’origine de certains objets pour une éventuelle restitution. Par conséquent, si le Quai d’Orsay voulait restituer les choses, il le pourrait. Et ils le savent évidemment, nous le leur avons dit. Donc, quand ils disent que c’est inaliénable, c’est une hypocrisie, c’est un mensonge, c’est tout à fait aliénable, d’ailleurs il y a des précédents », souligne-t-il.

Le ministère béninois de la Culture ne souhaite pas commenter la position du Quai d'Orsay, car si Jean-Marc Ayrault a fermé la porte à une restitution, le débat est loin d'être clos. La France a accueilli récemment une délégation béninoise et, selon une source proche du dossier, le président Hollande souhaite qu'une solution soit trouvée.

Parmi les pistes, il y a, outre la commission évoquée par Louis-Georges Tin, la possibilité de prêts d'œuvres à long terme. Pour Louis-Georges Tin, la France sortirait grandie de cette affaire et son image auprès des Africains ne s'en porterait que mieux.

Le député socialiste Pouria Amirshahi est signataire de la lettre adressée au président français. Selon lui, Paris doit aller au-delà du droit et trouver une troisième voie, ce que préconisent aussi les autorités béninoises.

De toute façon il faudra bien opérer un compromis parce que les demandes de restitution sont régulières et viennent du monde en entier. La question est de savoir les traiter au cas par cas.

Pouria Amirshahi
24-03-2017 - Par Olivier Rogez

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