Uraniumgate au Niger: la commission d'enquête commence ses auditions

Des camions transportent de la roche contenant de l'uranium, le 23 février 2005 sur le site de la mine d'uranium à ciel ouvert de Arlit (Niger), dans le désert de l'Aïr, une des régions les plus déshéritées du monde.
© AFP/Pierre Verdy

Au Niger, l'affaire de « l'uraniumgate » est passée au crible par les parlementaires. Leur commission d'enquête commence ce lundi 27 mars plusieurs auditions sur un présumé système de vente circulaire d'uranium entre Areva et le Niger en 2011, via des sociétés russes et libanaises, qui aurait permis aux pays de gagner des centaines millions de francs CFA. Cette affaire a été révélée par la presse nigérienne le mois dernier et elle suscite des interrogations. Elle a d'ailleurs déclenché en France l'ouverture d'une enquête du parquet national financier.

Impossible d’avoir la liste exhaustive des personnes qui seront entendues à huis clos ni leur ordre de passage devant les députés, mais au moins cinq personnes sont appelées à s'expliquer. Il y a d'abord l'actuel ministre des Finances, Hassoumi Massaoudou, qui doit être lui entendu ce mardi après-midi comme il l’a confirmé à RFI. A l'époque des faits, en 2011, il était directeur de cabinet du président Issoufou, qui venait tout juste d'être élu.

Sa signature apparaît sur plusieurs des fac-similés de documents publiés dans la presse. Sur une facture d'abord. Au nom de la société des mines du Niger, la Sopamin, il a signé un ordre de virement de 200 milliards de FCFA, soit environ 320 millions d'euros, sur un compte appartenant à une société libanaise, Optima, basée à

A (Ré)écouter : la version des faits donnée par Hassoumi Massaoudou lors d'une conférence de presse en février
27-03-2017 - Par Madjiasra Nako

Dubaï. Et ce pour la vente de 5,5 millions de livres d'uranium.

Pourquoi a-t-il été à la manœuvre dans cette affaire de transaction minière alors qu'il était directeur de cabinet à la présidence ? L'intéressé a déjà répondu dans une conférence de presse en février (écouter le son) qu'il avait reçu une délégation de pouvoir du directeur de la Sopamin pour participer à cette opération proposée par Areva. Une opération potentiellement juteuse qui pouvait permettre au Niger de gagner de l'argent sans effort, « gratuitement » a-t-il expliqué, il n'avait donc pas de raison de refuser.

L'Etat aurait récolté dans l'affaire 800 millions de FCFA, soit environ un million de dollars, selon le ministre. De l'argent qui aurait été utilisé pour équiper l'armée. Mais son explication n'a pas convaincu l'opposition qui a demandé la mise en place d'une commission d'enquête, celle qui doit l'entendre ce mardi.

Autre personne directement concernée : Hamma Hamadou. Il ne s’agit pas de l'opposant, mais de l'ancien directeur de la Sopamin, qui porte le même nom. Pourquoi a-t-il délégué ses pouvoirs à Hassoumi Massaoudou ? Les députés ont évidemment plusieurs questions à lui poser puisque la Sopamin a été aux cœurs de l'opération menée sur les marchés financiers.

L'actuel directeur de la Sopamin, Hama Zada, doit aussi être également entendu. Les députés ont aussi prévu d'auditionner les rédacteurs en chef des journaux qui ont parlé de l'affaire en publiant plusieurs fac-similés de documents officiels. La commission d'enquête n'a plus qu'une semaine pour mener ses auditions et boucler son enquête. Elle aura ensuite 45 jours pour rendre son rapport.