Acquittement de Simone Gbagbo: les «regrets» des ONG

Simone Gbagbo à son procès le 30 juin 2016.
© ISSOUF SANOGO / AFP

A la veille de l'ouverture du procès de Simone Gbagbo et malgré quatre années de travail et de collaboration avec la justice ivoirienne, la Fédération internationale des droits de l'homme avait décidé de se retirer de la procédure, au motif entre autres que l'instruction avait été bâclée. A l'issue du procès, la FIDH en Guinée se dit donc à demi-suprise, et relève surtout les failles de ce procès. Un constat également partagé par l'ONG Human rights watch.

La justice ivoirienne avait déjà condamné Simone Gbagbo en 2014 à une peine de vingt ans de réclusion à l'issue d'un procès qui avait été très fragile et très contesté. Celui-ci l'a été également et donc on pouvait s'attendre à une peine similaire. Maintenant, un tel procès, dont nous avons dénoncé la forme et le fond, ne pouvait se terminer que par une condamnation lourde, suivant les réquisitions du parquet ou par un acquittement, compte tenu de ce que tout le monde a observé tout au long de ce procès, c'est-à-dire une impossibilité pour l'accusation d'établir le lien direct entre madame Simone Gbagbo et les crimes qui ont été commis. On le regrette évidemment. Le principal problème que nous avions dénoncé, c'est que compte tenu de sa position, en tant que première dame, il était difficile de relier madame Gbagbo aux crimes qui ont été commis sur le terrain. Ceci était d'autant plus difficile qu'elle était jugée seule. Il aurait fallu, et c'est notre position depuis le début, la juger avec ses complices pour établir la relation entre madame Gbagbo et les faits qui lui sont reprochés.

Antonin Rabecq, représentant FIDH
29-03-2017 - Par Florence Morice

L'organisation Human rights watch a également réagi à son tour à l'acquittement de Simone Gbagbo. Dans un communiqué publié ce mercredi, l'ONG estime que la décision du tribunal d'Abidjan « démontre les nombreuses irrégularités du procès » et laisse de « graves questions sans réponse » sur le rôle de l'ex-première dame dans la crise postélectorale.

Pour Human rights watch, l'affaire de Simone Gbagbo, pour les mêmes faits, devant la Cour pénale internationale de La Haye, prend désormais encore plus d'importance. Jim Wormington, expert de l'Afrique de l'Ouest au sein de l'ONG, appelle maintenant à une enquête plus vaste et plus aboutie de la part de la CPI.

Ce qu’on a remarqué avec les enquêtes sur Simone Gbagbo en Côte d’Ivoire et sur le procès, c’est qu’il n’avait pas suffisamment de temps donné, d’analyses aux éléments nécessaires pour qu’on sache la responsabilité possible de Simone Gbagbo. Il y avait au moins d’une dizaine d’officiels pro-Gbagbo qui auraient pu être avec madame Gbagbo devant la cour et qui auraient eu l’occasion d’explorer un peu le rôle de madame Gbagbo par rapport aux autres cadres du régime de Laurent Gbagbo. Il ne s’agit pas pour nous de dire que l’acquittement n’est pas équitable mais de dire que le procès lui-même n’a pas donné tous les éléments de preuves, les éléments documentaires, les témoignages qui auraient permis de comprendre quel était vraiment le rôle de madame Gbagbo.

Jim Wormington
30-03-2017 - Par RFI

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