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ONU RDC

Experts de l'ONU disparus en RDC: Guterres demande que justice soit faite

Tshimbulu, Kasaï Central, au sud-est de Kananga, un véhicule de la Monusco.
© MONUSCO/Biliaminou Alao

L'ONU a confirmé la mort de ses deux experts par un communiqué de son secrétaire général, Antonio Guterres. L'Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalan avaient été enlevés dans la région du Kasaï le 12 mars dernier. Leurs corps ont été retrouvés lundi près de la ville de Kananga dans le Kasaï. L'ONU assure que justice doit leur être rendue.

Avec notre correspondante à New York, Marie Bourreau

En quelques lignes, Antonio Guterres dresse le portrait de ces deux jeunes trentenaires, dévoués entièrement à leur travail, souvent dans des conditions difficiles. « Ils ont perdu la vie en essayant de comprendre les causes du conflit et de l'insécurité en RDC, afin d'aider à ramener la paix à ce pays », écrit-il.

Il demande ensuite aux autorités congolaises de diligenter une enquête sur cette disparition, assurant que l'ONU en fera de même, pour que justice leur soit rendue en cas d'actes criminels.

Six experts indépendants

Michael Sharp, 34 ans, et Zaida Catalan, 36 ans, appartenaient à un groupe de six experts indépendants chargés de produire chaque année un rapport au Conseil de sécurité de l'ONU sur les groupes rebelles. Selon le New York Times, ils étaient dans la région du Kasaï pour étudier la rébellion relativement nouvelle de Kamuina Nsapu. Ils étaient entourés de quatre accompagnateurs, chauffeurs et interprètes.

Quant à la présence de l'ONU dans la région : le message est clair. Antonio Guterres assure que l'ONU « honorera la mémoire » des deux experts en « continuant à soutenir le précieux travail du groupe d'experts et toute la famille onusienne en RDC ».

Mystère autour des motifs comme des meurtriers

De nombreuses questions restent toujours sans réponses sur cet assassinat. D'abord, qui sont les assassins ? C'est l'une des interrogations premières de cette enquête, sachant que le meurtre d'experts de l'ONU est inédit en République démocratique du Congo. Aucune réponse définitive, bien sûr, l'enquête est toujours en cours.

Au départ, les autorités congolaises avaient parlé d'un groupe armé non identifié. Désormais, elles évoquent la piste des Kamuina Nsapu, ces miliciens qui s'opposent régulièrement aux autorités dans cette région centrale du Congo depuis un peu plus de six mois. Pour le porte-parole du gouvernement, il y a un mode opératoire qui pointe vers ce groupe du fait que l'un de ces corps a été décapité.

Mais ce n'est pas la seule possibilité, comme le dit l'ONG La Voix des sans voix. Il pourrait aussi s'agir d'une opération de représailles, de personnes qui auraient commis des violations des droits de l'homme et qui se seraient inquiétées de la présence de ces enquêteurs internationaux.

Car le mandat de ces experts est précisément celui-ci : enquêter sur de possibles violations de l'embargo sur les armes, toujours en vigueur dans le pays, mais aussi sur de possibles violations des droits de l'homme ou l'exploitation illégale des ressources naturelles. Un rôle stratégique, puisqu'au terme de leurs recherches, ces experts dressent une liste des personnes susceptibles d'être sanctionnées par les Nations unies, côté milicens ou parfois côté officiers congolais.

Des corps encore introuvables

Mais d'autres questions se posent sur l'enquête elle-même. Les autorités congolaises confirment la découverte de trois corps, celui des deux experts et de leur traducteur congolais. La mission de l'ONU, elle, ne confirme avoir retrouvé que deux personnes, la Suédoise Zaida Catalan et l'Américan Michael Sharp.

En tout état de cause, les trois autres Congolais qui les accompagnaient à moto manquent toujours à l'appel. Ils n'ont pas encore été retrouvés. La Suède a proposé mercredi de fournir une assistance aux enquêteurs congolais pour que la lumière soit faite sur l'assassinat de ces deux experts.

Enfin, dernier élément perturbant, à deux reprises le gouvernement congolais a communiqué avant l'ONU alors qu’il s’agit d’employés onusiens, pour annoncer leur disparition mais aussi confirmer leur décès. Pourquoi cet empressement alors que l'ONU vérifiait encore l'identité de ses experts et informait les familles ?

Autant de questions auxquelles les enquêtes vont devoir répondre alors que les relations entre Kinsahsa et les Nations unies se sont récemment tendues autour des enquêtes sur les nombreuses fosses communes dans le Kasaï.

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