Afrique du Sud: stupeur et colère après le limogeage de Pravin Gordhan

L'ancien ministre sud-africains des Finances Pravin Gordhan.
© REUTERS/Siphiwe Sibeko

En Afrique du Sud, c’est l’inquiétude, la stupeur, voire la colère après un important remaniement du gouvernement. Le président Jacob Zuma a remercié une quinzaine de membres de son cabinet tard jeudi soir à l’issue d’une semaine politique tendue. Mais surtout, le chef de l’Etat se débarrasse de son détracteur, le très respecté ministre des Finances, Pravin Gordhan. Ce qui a provoqué dès ce vendredi une chute de la devise nationale sur les marchés.

C’est un véritable bouleversement politique. Le chef de l’Etat s’est débarrassé de son ministre des Finances, malgré l’opposition de son propre parti (l’ANC) et de ses alliés. Pravin Gordhan était devenu un ministre encombrant pour le président Zuma, s’opposant aux dérives budgétaires du gouvernement et dénonçant la corruption. Le chef de l’Etat - embourbé dans les scandales - a désormais les mains libres.

Ce remaniement provoque l’indignation et l’inquiétude. Les nouveaux ministres sont tous des fidèles de Zuma, dont certains, sans grande compétence. C’est notamment le cas du nouveau ministre des Finances.

Ce matin, le vice-président du pays a qualifié d’inacceptable le renvoi de Pravin Gordhan, mais ajouté qu'il ne démissionnerait pas. « J'ai soulevé mon objection au limogeage du ministre des finances, parce que sa mise à l'écart est expliqué par des allégations non fondées présentés par les services de renseignements. »

L'ANC au bord de l'implosion

Le secrétaire général de l'ANC, Gwede Mantashe, a également rejeté ce remaniement, ajoutant que l'ANC n'avait pas été consultée. « On nous a donné une liste de ministres et mon impression est qu'elle a été élaborée ailleurs et qu'elle nous a été donnée pour que nous lui apportions une certaine légitimité. Je ne suis pas satisfait car les ministres qui ont été limogés sont ceux qui étaient les plus performants alors que les autres non pas été touchés. »

Le parti au pouvoirest plus que jamais divisé et au bord de l’implosion. Pour Barbara Hogan, femme du héros de la lutte anti-apartheid Ahmed Kathrada, il faut défendre l'intégrité du mouvement. « Clairement c'est un désaveu du président quand son propre parti le rejette et rejette ce qu'il a fait. Si ce n'est pas un moment clés dans l'histore de notre mouvement, rien ne l'est. Nous devons nous unir, tous les réformistes de ce mouvement pour affronter ces forces maléfiques qui tentent de nous voler notre pays. »

L'ANC, qui était déjà profondément divisé, l'est encore plus aujourd'hui. D'un côté, l'ANC de Jacob Zuma - accusé de népotisme et de corruption - et de l'autre une ANC dite « réformiste ». Une division exacerbée par la bataille pour succéder à Jacob Zuma, qui doit quitter la présidence de l'ANC en fin d'année.

Motion de défiance

Jacob Zuma fait désormais face à une levée de boucliers. Plus d’une centaine de personnes se sont spontanément rassemblées ce matin devant le siège du gouvernement. Le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA) a saisi la justice pour tenter de bloquer l’investiture des nouveaux ministres, prévue en fin d’après midi. Il a également déposé au Parlement une nouvelle motion de défiance contre le chef de l'Etat.

« Les actions du président Jacob Zuma ne peuvent être considérées que comme de la trahison, estime le leader de la DA, Mmusi Maimane. Elles ne sont pas dans l'intérêt de tous les Sud-Africains et sûrement pas dans celui du bien-être de la République. C'est devenu très clair que Jacob Zuma n'est pas intéressé par le mal-être des gens de ce pays. Et donc nous avons déjà déposé une demande de motion de défiance, pour que le parlement se réunisse et mette à l'écart Jacob Zuma. Nous devons nous assurer qu'il soit écarté. Tous les partis politiques doivent se joindre à cette demande de motion de défiance. »

Le parti radical de Julius Malema, les Combattants pour la Liberté Economique, a déjà dit qu'il s'associait à cette démarche. Son leader appelle lui aussi l'opposition à s'unir. « Nous devons tout essayer, nous sommes en crise. Nous allons tout faire pour essayer de sauver ce pays. Ca n'est pas grave si nous devons déposer une énième motion. Nous devons maintenant mettre nos différences politiques de coté et s'assurer que nous sommes unis pour sauver ce pays. »

Il en appelle même aux membres de l'ANC critiques envers le chef de l'Etat. « Si nous voulons pouvoir faire passer cette motion de défiance, les membres de l'ANC ne doivent pas s'abstenir. Ils doivent voter avec nous. Nous sommes encore en train de rencontrer les différentes formations politiques avoir espoir que toute l'opposition va voter ensemble. »

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