Face aux coupures internet arbitraires, un camp de «réfugiés web» au Cameroun

Le camp de réfugiés internet anglophone de la Silicon Mountain.
© Twitter / Rebecca Enonchong

Suite aux contestations antigouvernementales qui ont agité le Cameroun en janvier dernier, les régions anglophones du pays sont toujours privées de réseau internet. Afin de contourner la censure, les entreprises ont créé un « camp de réfugiés internet anglophone ».

Depuis pratiquement trois mois, les entrepreneurs camerounais, comme le reste de la population d’ailleurs, n’ont plus aucune connexion à Internet. Une coupure du réseau qui a durement grevé l’économie du sud-ouest et du nord-ouest du pays, en particulier les sociétés spécialisées dans le numérique de la ville de Buea, surnommée « la Silicon Mountain » et qui se situe au pied du mont Cameroun.

« Couper le Web en représailles », quitte à casser une économie en plein essor, c'est hélas ! une pratique courante dans de nombreux pays du continent, indiquait encore récemment Julie Owono, responsable du bureau Afrique de l’ONG Internet sans frontières, au micro du magazine 7 milliards de voisins, sur RFI. « Pour nous, aujourd'hui, les ennemis de cet Internet en Afrique, ce sont les gouvernements », confiait-elle.

« Aujourd'hui sur le continent africain, de nombreux gouvernements décident de manière discrétionnaire et arbitraire de couper le réseau internet pendant une heure, deux heures voire 24 heures, voire des semaines. Donc forcément, sans Internet, pas d'économie numérique, pas d'accès aux services qui sont proposés en ligne », expliquait Mme Owono, ajoutant que le fait de couper l'accès au réseau à des millions de citoyens va à l'encontre du développement.

Les « réfugiés » du Net se serrent les coudes

La conséquence de cette censure du Web, qui perdure dans les régions anglophones du Cameroun, c'est en effet que certains entrepreneurs sont au bord de la faillite. Ils affirment avoir perdu de gros contrats avec des partenaires internationaux. D’autres ont déjà mis la clé sous la porte. Mais quand on n’a plus de connexion, on peut toujours avoir des idées. Comme délocaliser les entreprises en manque de Web.

Surnommé avec beaucoup d’humour le « camp de réfugiés internet anglophone », un lieu d’accueil a ainsi été installé dans la localité de New Bonako, qui se trouve à 35 minutes par la route de la Silicon Mountain. La structure a été mise en place avec l’aide d'ActiveSpace, société camerounaise spécialisée dans le développement des technologies de l’économie numérique.

« Enfin, nous avons Internet ! », « on peut se connecter comme on veut et travailler », témoignent les jeunes patrons sur leurs pages Facebook. Une douzaine de personnes représentant six entreprises surfent aujourd’hui presque normalement au camp des réfugiés de l’Internet, en se servant de leur propre smartphone comme modem. Ils ne craignent désormais qu’une chose, que cette oasis de la Toile ne subisse à son tour les affres de la censure du Web.

→ Regarder sur RFI : Les internautes du Cameroun anglophone privés d’Internet (vidéo)