Côte d’Ivoire: quid du parti unifié RHDP de la coalition présidentielle?

Supporters d'Alassane Ouattara, lors de la campagne pour le second tour de la présidentielle à Abidjan, le 20 novembre 2010. Il s'était présenté sous la bannière RHDP.
© Thierry Gouegnon / Reuters

Réconciliation et pardon, c'est la tonalité du discours qu'a tenu, lundi 3 avril 2017, le président de l'Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, pour la première session parlementaire de la IIIe République de Côte d'Ivoire. Au sein de l’Assemblée, le président Ouattara a réussi à obtenir la majorité absolue, même si les députés PDCI et RDR, les deux plus grands partis de la coalition présidentielle, ont refusé de s'unir sous la bannière RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie en Côte d’Ivoire) au sein d'un même groupe parlementaire. Cette nouvelle configuration ne devrait pas entraver l'action du chef de l'Etat mais elle éloigne la perspective de création d'un grand parti unifié, annoncée depuis 2015 et sans cesse repoussée, et cela pourrait compliquer la donne pour la prochaine présidentielle prévue en 2020.

Le projet de parti unifié battait de l'aile depuis un certain temps. Les dirigeants des deux partis PDCI et RDR ont certes appelé cette union de leur vœu mais leur stratégie a souvent suscité des levées de boucliers au sein de leurs formations. Ainsi, lorsque le choix a été fait d'imposer des candidatures communes pour les législatives, des dizaines de députés de part et d'autres ont claqué la porte préférant concourir en indépendant. Résultat : une fois élus, beaucoup n'ont accepté de reprendre les couleurs de leur formation d'origine au sein de l'Assemblée qu'à la condition que le projet d'union au sein d'un groupe parlementaire serait abandonné.

A court terme, cela ne devrait pas entraver la capacité du président Ouattara à faire adopter ses réformes car, en ramenant les mécontents dans le giron du RDR, il s'est assuré une majorité absolue. Mais c'est dans la perspective de la prochaine élection présidentielle que cela change la donne. En 2015, Alassane Ouattara avait bénéficié du ralliement du PDCI dès le premier tour. Mais, sans la garantie qu'un candidat commun serait cette fois issu de ses rangs, le PDCI pourrait faire cavalier seul en 2020 par peur, sinon, d'être en quelque sorte « absorbé » par le RDR et de perdre son identité.

Plus de choix pour les électeurs

Pour Rinaldo Depagne, directeur du projet Afrique de l'Ouest à l'International Crisis Group (ICG) le refus d’un parti unifié est plutôt «une bonne nouvelle» pour la vie démocratique ivoirienne. « Au lieu d’avoir une disparition programmée du PDCI, on a toujours deux partis qui existent, ce qui laisse un petit peu plus de choix aux électeurs pour les prochaines échéances. […] Il serait bon […] d’avoir un vrai candidat solide du PDCI, au moins au premier tour, face à un candidat du RDR », affirme-t-il.

« L’idée d’un énorme méga-parti qui ressemblerait à un parti unique est, pensons-nous, assez malvenu pour la Côte d’Ivoire, sachant que le troisième parti important du pays, le FPI, a les problèmes qu’on connaît. […]

Il faut aussi souligner qu’il y a, du côté du PDCI, beaucoup de résistance contre une absorption. Il y a beaucoup de députés, en particulier du PDCI et même de proches d’Henri Konan Bédié, qui ne sont pas d’accord pour voir leur parti passer sous la coupe d’un RHDP qui les empêcherait un petit peu d’avoir une existence propre », conclut-il.