RDC: Kabila annonce la nomination d’un Premier ministre dans les 48 heures

Le président de la RDC, Joseph Kabila, photographié le 3 avril 2017 à Kinshasa.
© REUTERS/Kenny Katombe

Cela a commencé par une minute de silence, en mémoire d'Etienne Tshisekedi, l'opposant historique, décédé le 1er février 2017. Puis Joseph Kabila a tenu son discours à la nation devant les deux chambres du Parlement de la République démocratique du Congo, un discours marqué par des annonces politiques. Et tout d’abord, celle-ci : le Premier ministre sera impérativement nommé dans les 48 heures.

Tenant compte du fait que le pays ne doit plus être l'otage d'« intérêts personnels » et de « lutte de positionnement » d'acteurs politiques, le Premier ministre sera impérativement nommé dans les 48 heures, a déclaré le président Joseph Kabila à la nation. Son arbitrage était attendu. Le nouveau Premier ministre devrait être connu d'ici vendredi soir, 7 avril 2017.

La question du Premier ministre est l'un des deux principaux points de blocage entre l'opposition et la majorité. Sur ce point, Joseph Kabila appelle le Rassemblement de l'opposition qui doit proposer ce Premier ministre à « surmonter ses querelles intestines », dit-il, et à se mettre d'accord sur une liste de candidats à la primature. Echec donc sur la demande du Rassemblement de ne soumettre qu'un seul nom à Joseph Kabila.

En effet, suivant l’accord de la Saint-Sylvestre, qui peine à être mis en œuvre, le nouveau Premier ministre devait être proposé par le Rassemblement, la principale plateforme de l’opposition congolaise. Mais la Majorité présidentielle (MP) a exigé que ce regroupement politique présente à Kabila une liste de trois candidats Premier ministrables, ce que le Rassemblement refusait, lui opposant le seul nom de Félix Tshisekedi, son nouveau président. Ce dernier est par ailleurs contesté par quelques membres dissidents du Rassemblement.

Aucune date proposée pour les prochaines élections législatives et présidentielles

Pour ce qui est du deuxième point de blocage, la nomination du président du Conseil national de suivi de l'accord, qui fait débat depuis le décès de l'opposant historique Etienne Tshisekedi, là encore, Joseph Kabila dit non au Rassemblement.

Le président demande l'adoption d'une loi et l'accélération des négociations pour désigner une personnalité consensuelle. C’est un poste stratégique puisqu'il a pour fonction de surveiller la bonne application de l'accord entre la majorité et l’opposition, et de s'assurer que le pays aille bien aux élections d'ici la fin de l'année 2017.

Il y a donc polémique. Le chef de l'Etat est-il sorti de l'esprit de l'accord du 31 décembre ? A ce sujet, les opinions divergent selon qu'on est du camp présidentiel ou de l'opposition.
07-04-2017 - Par Kamanda Wa Kamanda
Pour le porte-parole de la Majorité présidentielle (MP), Alain-André Atundu, le président Joseph Kabila ne s'est pas écarté de l'accord du 31 décembre. « Je crois qu’il est tout à fait dans son rôle de garant de la Nation ». Joseph Kabila n'est pas neutre réplique Jean Bertrand Ewanga, secrétaire exécutif de l'Alternance pour la République (AR) et membre du Conseil des sages du Rassemblement des forces acquises au changement, « ce qui est contraire à l’esprit à la lettre de l’accord et nous n’acceptons pas ce schéma parce que cela lui permettra dans les prochains jours d’exiger qu’on revienne également sur les engagements définitifs. C’est pourquoi nous disons, nous devons respecter l’accord tel qu’il a été adopté par toutes les parties prenantes ».

Mais Joseph Kabila a aussi utilisé l'opportunité de ce discours pour rappeler son engament à organiser des législatives et une présidentielle. « Je voudrais annoncer solennellement à notre peuple que les élections auront bel et bien lieu », a-t-il exposé. « Que ceux qui en doutent encore soient rassurés. Tout sera mis en œuvre pour atteindre cet objectif, conformément au calendrier fixé par la Ceni », a précisé le chef de l’Etat. Si l’engagement est renouvelé mais aucune date n’est avancée.

Je voudrais annoncer solennellement à notre peuple que des élections auront bel et bien lieu

Le président Kabila promet la tenue d'élections.
05-04-2017

Joseph Kabila a aussi évoqué la situation dans le Kasaï, cette province secouée par des violences de la milice Kamuina Nsapu depuis le mois d'août. Joseph Kabila a invité les miliciens à déposer les armes. Il annonce aussi la mise en place d'un « secteur opérationnel dans la région pour rétablir l'autorité de l'État ».

Des réactions plutôt enthousiastes dans les rangs de l'opposition

Après le discours du président Kabila, dans les rangs de l’opposition signataire de l’accord de la cité de l’Union africaine, c’était la satisfaction, concernant l'annonce de l'organisation des élections. Madame Odette Babandoa, de l'Union des patriotes républicains, a attesté : « Nous attendons les élections dans le délai qui était convenu dans les accords. Et comme il a décidé qu’on aura les élections, ça nous fait plaisir ».

Côté Rassemblement des forces acquises au changement (Rassop), Christophe Lutundula a estimé que le défunt président Etienne Tshisekedi avait déjà réglé la question du Premier ministre depuis janvier 2017.

Pour le vice-président du G7,le groupe de parlementaires qui ont quitté la majorité présidentielle,et numéro deux de la délégation du Rassemblement aux négociations directes de la Conférence épiscopale nationale congolaise (Cenco), Pierre Lumbi, sa plateforme travaille en fonction des élections : « Le Rassemblement travaille, se bat comme tout le monde pour que l’accord soit appliqué dans son intégralité parce que le cap, la finalité, ce n’est pas tant de se positionner que d’organiser les élections pour l’alternance et pour faire en sorte que le pays retrouve un fonctionnement normal ».

Concernant la loi sur le Conseil national du suivi de l’accord, le Rassemblement pense donc que cela ne devra pas être une occasion pour la majorité de modifier les clauses de l’accord.

« Nous entrons dans une zone de turbulence », a prévenu, de son côté, l’ambassadeur Henri-Thomas Lokondo, cadre de la Majorité présidentielle (MP), qui a interpellé le tandem Félix Tshisekedi-Pierre Lumbi : « La plus significative, c’est la tendance qui est à Limete [une commune de la ville de Kinshsa, NDLR]. Et c’est cette tendance qui doit faire un effort, un effort de réalisme, de patriotisme ».

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