Madagascar: amertume et consternation après le départ de Claudine Razaimamonjy

Le marché artisanal d’Antananarivo, Madagascar, le 25 novembre 2016. (Photo d'illustration)
© RFI/Paulina Zidi

Claudine Razaimamonjy, la femme d'affaires sous mandat de dépôt et poursuivie, entre autres, pour détournement de fonds publics et blanchiment d'argent, a pu obtenir un transfert dans un hôpital de l'Ile Maurice. Elle a bénéficié d'une autorisation d'évacuation sanitaire après un malaise qui l'a conduite aux urgences de l'hôpital d'Antananarivo. Une autorisation signée par le ministère de la Justice et le ministère de la Santé. Un départ qualifié d'« évasion » par de nombreux Malgaches. Face à cette nouvelle affaire de corruption, c'est un sentiment de ras-le-bol qui anime les mouvements de la société civile et les citoyens malgaches.

Sentiment d'impunité, justice à deux vitesses... Voilà l'impression de beaucoup de Malgaches après le départ de Claudine Razaimamonjy pour la clinique Fortis Darné, à l'Ile Maurice lundi 10 avril au matin.

Pour Andry, ce deux poids deux mesures ne peut plus durer. « Ici donc, si on est riche, on peut bafouer la Constitution à Madagascar, mais nous les populations dans des conditions de survie, on ne peut pas se permettre de faire cela ! » s'indigne-t-il.

Jean, lui, n'est pas étonné par la tournure que prend cette affaire. « Ce n'est pas la première fois qu'un "gros poisson" comme ça sort de son piège, dit-il. Cette histoire-là se répète depuis des générations à Madagascar. »

« Les citoyens n'ont plus confiance en la justice »

Une affaire de plus qui n'est pas sans conséquence sur l'attitude de la société malgache face à la justice, indique Ketakandriana Rafitoson, l'une des leaders du mouvement citoyen Wake up Madagascar : « L'opinion publique attendait vraiment beaucoup de cette affaire-là. Les citoyens n'ont plus confiance en la justice et c'est d'ailleurs l'un des facteurs qui explique la multiplication des vindictes populaires. Parce que les gens se disent "si on traduit cette personne en justice on sait bien le résultat, elle en réchappera toujours parce qu'elle a le bras long. Donc on préfère faire justice nous-mêmes". »

Le collectif rappelle également que Claudine Razaimamonjy fait l'objet de deux interdictions de sortie du territoire malgache.

Samedi 22 avril, à 23h30, la conseillère du président a atterri sur la Grande Île à bord d'un jet privé. Dimanche matin, elle était réadmise à l'hôpital public HJRA d'Antananarivo, au service de neuro-chirurgie, « pour poursuivre son traitement et pour une surveillance médicale », affirme-t-on dans son entourage. Beaucoup dénoncent un « traitement de faveur » et demandent à ce que soit connu son état de santé véritable. Claudine Razaimamonjy devrait être entendue par les responsables des différentes enquêtes en cours sitôt rétablie.